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APRÈS LA CHUTE DE L’URSS, COUSTEAU ATTEIGNIT L’ABÎME SECRET DE SIBÉRIE

Les Archives Rouges

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APRÈS LA CHUTE DE L’URSS, COUSTEAU ATTEIGNIT L’ABÎME SECRET DE SIBÉRIE

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On raconte que Jacques-Yves Cousteau se serait glissé dans « l'abîme le plus surveillé de Sibérie » au moment où l'URSS s'effondrait. C'est faux, et ce film commence par le dire. Le Baïkal n'a jamais été une zone fermée. L'Institut de limnologie y travaille depuis des décennies, il y a un musée à Listvianka, et des submersibles Pisces y plongeaient depuis mille neuf cent soixante-dix-sept, jusque vers mille quatre cents mètres. L'équipe Cousteau est venue sur invitation, avec un accord signé avec l'Académie des sciences de l'Union soviétique à la fin des années quatre-vingt. Personne ne s'est caché de personne. Le vrai conflit est ailleurs, et il est plus intéressant : l'État qui garantissait ce papier a disparu entre la signature et le tournage. Des ministères changent de nom, les tampons ne valent plus d'un port à l'autre, le carburant a déjà été vendu, les grues sont introuvables. L'expédition a failli mourir devant une citerne vide, pas au fond du lac. Ce que la caméra a trouvé : Un lac de mille six cent quarante-deux mètres de profondeur, vingt-cinq millions d'années, environ un cinquième de l'eau douce liquide de la planète, et une zone de rift dont les deux rives s'écartent. Le phoque du Baïkal, la nerpa, seul phoque strictement d'eau douce au monde, qui met bas dans des loges creusées sous la neige, à mille kilomètres de toute mer. La golomianka, poisson translucide et vivipare dont le corps peut être gras jusqu'au tiers de sa masse. Epischura baicalensis, un crustacé minuscule qui fabrique littéralement la transparence de cette eau. Les sources hydrothermales de la baie de Frolikha, les tapis bactériens, le méthane pris dans la glace — mis en évidence, il faut le dire, par des travaux soviétiques de la fin des années quatre-vingt, pas par les Français. Et sur la rive sud, le combinat de pâte à papier de Baïkalsk, en service depuis mille neuf cent soixante-six, qui rejetait ses eaux dans le lac et faisait vivre toute une ville. Le Baïkal entre au patrimoine mondial de l'UNESCO en mille neuf cent quatre-vingt-seize. Le Comité du patrimoine s'alarme en deux mille dix. L'usine ferme en deux mille treize. Les bassins de boues de lignine, eux, sont toujours là. Il n'y avait pas d'abîme surveillé. Il y avait un lac que l'on empoisonnait au grand jour, avec toutes les autorisations en règle. #documentaire #Cousteau #Baïkal #Sibérie #URSS #plongée #nature #écologie #UNESCO #histoire