justification par la grâce, au moyen de la foi en Jésus-Christ
Esprit de liberté
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Prédication de James Woody au temple d'Auteuil (Paris) dimanche 25 octobre 2026 - Réformation
Chers frères et sœurs, il y a une sorte d’évidence à prêcher sur la justification par la grâce lors d’un dimanche qui commémore la Réformation. La grâce, c’est le cœur de la prédication protestante. Mais sommes-nous bien sûr que la grâce dont nous parlons soit celle dont parlait Paul et Martin Luther ? Sommes-nous bien sûr que lorsque nous parlons de la justification à nos amis, à nos voisins, nous en parlions à la manière de l'apôtre Paul et du Réformateur Martin Luther ?
Une justification qui n’est pas seulement forensique
Le théologien Tuomo Mannermaa (1937-2015), de l’Église luthérienne de Finlande, a fait une oeuvre salutaire en revisitant la théologie développée par Martin Luther que plusieurs siècles de tradition protestante avaient quelque peu étouffé sous le verni des bonnes intentions. Je dis bonne intention parce que nous avons une conception de la justification qui est souvent plus gentille qu’elle n’est évangélique. Je m’explique.
Quand les protestants expliquent la justification par la grâce seule, ils ont tendance à dire que Dieu a décidé d’être bienveillant envers l’humanité tout entière. Or l’être humain est pécheur, comme le dit l’apôtre Paul qui constate que le bien que nous voulons faire, nous ne le faisons pas, alors que le mal que nous voudrions éviter, nous le faisons (Rm 7/19). Donc Dieu déclare qu’en dépit du fait que nous sommes pécheurs, nous sommes rendus justes, à ses yeux, du seul fait qu’il nous aime.
Et cela sonne un peu comme une amnistie générale. Bien sûr que nous sommes coupables, mais comme Dieu nous aime, nous ne serons pas punis. Nous sommes rendus justes… nous sommes justifiés, pour reprendre le terme théologique, par la seule grâce de Dieu. Cette approche, c’est ce qu’on appelle la justification forensique : cela revient à ce qu’un verdict de justice soit prononcé sur nous, un verdict qui dit que nous sommes dignes de nous tenir devant Dieu. Comme le dira Martin Luther, nous sommes simultanément pécheurs et justifiés.
Or, Mannermaa nous rend attentifs au fait que la grâce de Dieu n’est pas qu’un amour de façade. Il dira que notre façon contemporaine de parler de la justification est plus mécanique et forensique qu’elle ne l’était pour Luther. La justification, ce n’est pas comme changer l’enseigne d’une boutique en mettant « grâcié » à la place de « pécheur ». Si ce n’était que cela, ce serait juste une action superficielle. Ce ne serait qu’un acte intellectuel. Cela reviendrait à dire que nous nous sommes trompés sur la nature de l’homme et que Dieu à rétabli la vérité.
Christ présent dans la foi
Mannermaa nous aide à comprendre que la découverte de Luther, c’est qu’il y a une déclaration de notre justification par Dieu, en Jésus-Christ, mais que cela s’accompagne aussi d’un changement en profondeur. Cela veut dire que Dieu va nous travailler au corps, au cœur, il va travailler notre intériorité pour que le pécheur que nous sommes se métamorphose. Et la manière que Mannermaa a de dire cela, c’est que Jésus-Christ vient habiter notre être personnel. Pour que nous soyons métamorphosés, le Christ vient habiter le croyant. Je le cite : « Christ – et par conséquent aussi son entière personne et son œuvre – est réellement et véritablement présent dans la foi. »[1] Cela se réfère à ce que l’apôtre Paul dit au sujet de la justice de Dieu, à savoir qu’elle nous rejoint par la foi en Jésus-Christ. Nous sommes donc rendus justes aux yeux de Dieu par sa grâce, au moyen de la foi en Jésus-Christ (Rm 3/22). Et c’est cet aspect de la foi en Jésus-Christ qui est souvent passé sous silence dans nos milieux réformés – à tort si nous voulons être fidèles à l’enseignement de l’apôtre Paul.
La foi en Jésus-Christ, ce n’est pas seulement une sorte de sympathie pour le personnage Jésus et pour son enseignement. Le livre de Mannermaa, Christ Present in Faith, porte sur le fait que le Christ n’est pas l’objet de la foi chrétienne : le Christ est dans la foi. Et quand Mannermaa parle de l’œuvre de Jésus-Christ qui habite en nous, il est question de cette rédemption dont parle Paul (3/24). Paul utilise l’image du sacrifice expiatoire de Yom Kippour, le jour du Grand Pardon, le jour de l’expiation. Le prêtre versait le sang d’un bouc sur le couvercle de l’arche d’alliance, qui s’appelle le propitiatoire. C’est ce rite qui rappelait que Dieu nous est propice, c’est-à-dire que nous avons la faveur de Dieu – Dieu nous regarde avec bienveillance malgré notre péché.
Mannermaa insiste sur le fait que la déclaration initiale de Dieu n’est pas suffisante : il ne suffit pas de dire que nous sommes au bénéfice de l’amour de Dieu ; il faut aussi que l’œuvre de rédemption de Jésus-Christ travaille en nous pour que nous changions.
La théosis
Pour exprimer de quelle manière le Christ travaille en nous, Mannermaa va recourir à un concept de l’Eglise orthodoxe