SEPSIS : Etat des lieux - émission spéciale World sepsis day
SFAR - Société Française Anesthésie & Réanimation
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SEPSIS : Etat des lieux - émission spéciale World sepsis day
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avec Ines Lakbar et Antoine Roquilly
modérés par Marc Léone
Réalisé par la SFAR - la Société Française d'Anesthésie et Réanimation
sfar.org
À l’occasion de la Journée mondiale du sepsis, la SFAR rappelle l’importance de cette pathologie, qui reste fréquente, grave et encore insuffisamment connue. Marc Leone, président de la SFAR, souligne dès l’introduction l’enjeu majeur de la détection précoce du sepsis, y compris en dehors des services de réanimation et notamment dans le contexte périopératoire.
Deux experts interviennent : Inès Lakbar, sur l’épidémiologie et le devenir des patients, puis Antoine Roquilly, sur les innovations thérapeutiques et les perspectives de médecine personnalisée.
Le sepsis correspond à une infection suspectée ou prouvée associée à une dysfonction d’organe. Le choc septique en constitue la forme la plus grave. À l’échelle mondiale, le sepsis demeure extrêmement fréquent et associé à une mortalité élevée, avec d’importantes disparités entre les pays. Son incidence tend à augmenter, même si la mortalité diminue progressivement.
En France, environ 230 000 hospitalisations pour sepsis sont recensées chaque année. La mortalité hospitalière est en diminution, mais reste particulièrement importante dans les formes sévères. Pour le choc septique, elle demeure proche de 40 % à court terme et reste élevée à un an.
Un point essentiel est que survivre au sepsis ne signifie pas nécessairement en guérir totalement. De nombreux patients présentent des séquelles cognitives, psychologiques ou fonctionnelles. Les réhospitalisations sont fréquentes : environ deux patients sur trois sont réhospitalisés dans l’année, notamment pour des causes infectieuses. Le retour à une vie sociale ou professionnelle normale peut également être difficile.
La prise en charge doit donc s’inscrire dans un véritable parcours : reconnaissance précoce du sepsis, identification du microorganisme responsable, orientation rapide en réanimation lorsque nécessaire, puis réadaptation et suivi après l’hospitalisation afin de limiter les séquelles et les réhospitalisations.
Le Pr Antoine Roquilly présente ensuite plusieurs progrès dans la prise en charge thérapeutique. Un premier axe concerne l’optimisation de l’antibiothérapie. Pour les bêta-lactamines, l’utilisation de perfusions prolongées ou continues permet d’améliorer l’exposition au traitement et pourrait contribuer à améliorer la survie.
Un deuxième axe est l’identification rapide des agents infectieux grâce aux techniques de biologie moléculaire, notamment les PCR multiplex. Elles permettent de réduire le délai avant l’administration d’une antibiothérapie adaptée et de limiter l’utilisation inutile d’antibiotiques à large spectre. Leur bénéfice sur le pronostic global reste cependant encore à démontrer.
La stratégie actuelle peut ainsi être résumée par la recherche du « bon antibiotique, à la bonne dose, au bon moment ». Cela implique également de ne pas administrer d’antibiotiques inutilement, de réduire leur durée lorsque cela est possible et de privilégier une désescalade rapide. Les stratégies d’antibiotic stewardship permettent ainsi de limiter l’exposition aux antibiotiques tout en améliorant potentiellement le devenir des patients.
Au-delà de l’antibiothérapie, la recherche s’oriente désormais vers une meilleure compréhension de l’hétérogénéité du sepsis. Tous les patients ne présentent pas la même réponse immunitaire. Certains développent une réponse hyper-inflammatoire, tandis que d’autres présentent au contraire un état d’immunodépression.
Cette diversité pourrait expliquer pourquoi un même traitement n’a pas la même efficacité chez tous les patients. Des marqueurs simples, comme la CRP ou certains paramètres cliniques, pourraient aider à identifier différents profils et à adapter les traitements.
Les premières études d’immunothérapie personnalisée explorent ainsi l’utilisation de traitements différents selon le profil immunitaire du patient, par exemple l’interféron gamma dans certaines situations d’immunodépression ou l’anakinra chez des patients présentant un profil hyper-inflammatoire. Les résultats préliminaires suggèrent qu’il est possible d’accélérer la récupération des défaillances d’organes, même si l’impact sur la mortalité reste encore à confirmer.
La perspective est donc celle d’une prise en charge de plus en plus personnalisée du sepsis, fondée sur le phénotype du patient plutôt que sur une stratégie identique pour tous.
En conclusion, trois messages principaux se dégagent : détecter le sepsis le plus tôt possible, identifier rapidement le pathogène et contrôler la source infectieuse, tout en utilisant les antibiotiques de manière adaptée et raisonnée.
Le sepsis ne concerne pas uniquement les réanimateurs. Il peut survenir dans les services de chirurgie, les unités de soins ou dans la communauté. L’ensemble des anesthésistes-réanimateurs doit donc être impliqué dans sa détection, sa prise en charge précoce et le suivi des patients.