Où il est question de criminalité (mais ce ne sont pas des romans noirs ou policiers !)
Un matin bouquin
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Où il est question de criminalité (mais ce ne sont pas des romans noirs ou policiers !)
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Un matin bouquin
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Patria, Fernando Aramburu
J'ai eu un coup de coeur pour ce pavé de plus de 600 pages (624 exactement) qui se lit très vite et très bien. Il ne faut pas le laisser intimider par le nombre de pages, la lecture est toujours rythmée, cadencée par des chapitres courts et addictifs (il y en a plus de 125). A aucun moment on n'éprouve de coup de mou, comme cela peut être le cas avec de très long romans.
On a dit de lui que c'était le guerre et paix basque (je n'ai pas encore lu le Guerre et paix de Tolstoï, mais je vais y venir rapidement car il est dans ma pile à lire, je pourrai ainsi comparer). Ici nous sommes dans un petit village pas loin de San Sebastien, et Fernando Aramburu montre brillamment comment la guerre entre l'ETA et le pouvoir espagnol a fini par contaminer la société dans son ensemble (y compris l'intimité des familles). Ne vous attendez pas à un roman politique, tout va nous être raconté au travers de deux familles que nous allons suivre tout du long, façon roman choral, on passe d'un membre de la famille à un autre, aucun n'est oublié, et ils nous relatent chacun à sa façon une réalité complexe.
Au tout début du roman, c'est Bittori qui débarque dans son village natal, qu'elle avait dû quitter, tandis que L'ETA annonce la fin définitive de la lutte armée (nous sommes dans les années 2010). Que cherche-elle ? On n'en dira pas plus, au lecteur de découvrir l'intrigue grâce aux nombreux flashbacks et personnages. Ca n'est jamais manichéen, il n'y a pas de bien ou de mal, tout le monde d'une façon ou d'une autre a été une victime. Les critiques eux aussi mettent en avant la dimension humaine : Fernando Ararburu ne se contente pas de raconter le conflit politique, il montre comment il détruit les amitiés, les familles, et les individus.
Nous sommes en compagnie de taiseux et taiseuses pour la plupart, aussi quand l'émotion affleure, elle touche en plein coeur. Deuil, culpabilité, haine, silence, possibilité du pardon, tout cela est exprimé avec une économie de moyens très émouvante.
Ce roman a été un phénomène de librairie à sa sortie en 2016 en Espagne, vendu à 700 000 exemplaires, et a fait l'objet d'une adaptation par HBO.
Sicario bébé, Fany Taillandier
Il est ici aussi question de criminalité, mais plutôt celle des jeunes des cités.
En exergue de son premier chapitre, Fanny Taillandier retranscrit un extrait de l'Office central de lutte contre le crime organisé (datant de 2023) : "Ces deux dernières ont vu l'emploi croissant de très jeunes tueurs, inexpérimentés, et quasi inconnus auparavant des autorités. Pour la première fois aussi, toute la France est concernée, y compris les villes moyennes - voire petites - et les zones rurales, pas seulement les régions touchées traditionnellement par le trafic."
Djen et Blaise s'aiment d'amour tendre, ils se connaissent depuis le collège et sont toujours amoureux fous. Djen tombe enceinte, Blaise se rêve en daron responsable, et refuse absolument que Djen se déclare mère isolée, ce qui lui permettrait de toucher une petite pension, et d'être accueillie dans un foyer. Il essaie d'abord de trouver une solution, un emploi, mais la précarité insiste. Jusqu'à ce qu'un ami lui propose un contrat : Blaise sera le conducteur, et lui l'exécuteur, 50 000 euros donc, contre la mort d'un homme...
Il y a une véritable efficacité narrative, le récit est tendu, rythmé, et on veut absolument savoir s'ils vont aller au bout de leur plan foireux. Les deux sont attachants, on leur veut du bien, le récit est narré soit par elle, soit par lui. Il a été reproché à l'autrice d'utiliser une langue trop soutenue, qui ne reflète pas la réalité des quartiers. Pour ma part, cela ne m'a aucunement gênée, bien au contraire.
Pour terminer, je rejoins les critiques disant que Fanny Taillandier conjugue la mécanique du thriller à la finesse d'une sociologue. Je souscris, c'est un très bon roman, socialement engagé, décrivant combien l'absence d'horizon peut pousser des adolescents vers la violence.