Café-histoire : « Toamasina au XIXe siècle. Emergence d'une ville portuaire »
Musée de la Photographie de Madagascar
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Café-histoire : « Toamasina au XIXe siècle. Emergence d'une ville portuaire »
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Cité portuaire de Tamatave
Tamatave est une cité côtière de l’Est de Madagascar. On y accède depuis la capitale par la Route nationale 2. S’il faut aujourd’hui environ huit heures de trajet, au XIXᵉ siècle, il fallait huit à dix jours de marche ou de chaise à porteur pour relier Antananarivo à Tamatave.
Très tôt, la cité révèle une vocation tournée vers le commerce avec l’étranger. Ses habitants adaptent leur vie sociale et économique autour des relations avec les Vazaha — Européens ou créoles des Mascareignes — qui, pour les besoins de leurs activités commerciales, s’installent durablement et prennent souvent pour compagnes des femmes betsimisaraka.
Sous le règne de Radama Ier, la côte Est est intégrée au territoire du royaume merina en tant que province, et les Betsimisaraka sont placés sous l’autorité du roi d’Antananarivo. Tamatave devient alors le port du royaume. C’est principalement par cet accès maritime que les Européens pénètrent à l’intérieur du pays, au XIXᵉ siècle, pour atteindre la cour royale. On peut citer, parmi eux, le missionnaire David Jones, le missionnaire-photographe William Ellis, ou encore le missionnaire-architecte James Cameron.
Des marchandises nouvelles affluent : poudres, fusils, livres, alcools, vêtements, ustensiles, savons… Tout au long de cette période, Tamatave joue ainsi un rôle stratégique dans les relations entre le royaume et le monde extérieur.
En 1857, la voyageuse autrichienne Ida Pfeiffer débarque à Tamatave avant de rejoindre la cour de la reine Ranavalona Iʳᵉ à Antananarivo. Dans Reise nach Madagaskar (Voyage à Madagascar), publié en 1859, elle écrit :
Tamatave, avec son port, sa forteresse bâtie en sable et en coraux, contenant 2 300 hommes de garnison [...] est le poste des Hovas [Merina] où se fait le plus de commerce et où il y a le plus de blancs. Il y a environ une quinzaine de traitants de nationalités différentes. Ils font le commerce avec des produits qui leur viennent de la Réunion, de Maurice et de l’Amérique ; car tous les ans il y a trois ou quatre navires américains qui viennent jeter sur le marché de Tamatave pour sept à huit cent mille francs de toile. [...] Les traitants échangent cette toile et différents autres produits contre des bœufs, du riz et des animaux domestiques qu’ils expédient à la Réunion et à Maurice. A part quelques exceptions, les Hovas seuls font le commerce avec les blancs... Tous les produits de la côte est, depuis Manoura, sont portés à Tamatave, où cinq à six navires, faisant chacun trois ou quatre voyages et plus depuis le mois de mai jusqu’en décembre, viennent les prendre pour les livrer au commerce de Bourbon et de Maurice.
Tamatave est bâti sur le sable. Ce village compte un millier de cases et se divise en deux parties, le village malgache et blanc, sur le bord de la mer, et le village hova, placé derrière le fort. Chaque case, bâtie en bois ou en feuilles de ranevala, et couverte de même, est entourée d’une palissade en pieux.
Cyclone à Tamatave
Située sur la côte Est de Madagascar, Tamatave est régulièrement frappée par de puissants cyclones venus de l’océan Indien. Certains, d’une violence extrême, ont marqué l’histoire en détruisant presque entièrement la ville, comme en 1888 et surtout en 1927.
Le cyclone de mars 1927 est sans doute le plus médiatisé de l’époque coloniale. Tout commence le 25 février, lorsqu’un redoutable tourbillon est signalé au large de l’île Maurice. Après avoir inquiété La Réunion, il change brutalement de cap le 3 mars et fonce vers Madagascar.
En quelques heures, Tamatave, mal préparée, est dévastée. Le 4 mars au matin, les habitants découvrent une ville en ruines. Environ 600 personnes périssent. La nouvelle fait le tour du monde.
Il faudra des années pour reconstruire Tamatave, selon un nouveau plan d’urbanisme dirigé par l’architecte Collet de Cantelou.
À propos de l’intervenant : Dominique Bois
Pour la 97e édition du Café-histoire, le Musée a eu le plaisir d’accueillir M. Dominique Bois. Docteur en histoire, il a consacré ses recherches aux contacts entre les Malgaches — en particulier ceux de la côte Est — et les étrangers au XIXᵉ siècle. Dominique Bois est membre associé du Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA) et a contribué à plusieurs ouvrages collectifs consacrés à Madagascar, dont Jeunesses et dynamiques générationnelles XIXᵉ et XXIᵉ siècles (Madagascar, Mozambique, Afrique du Sud).
En 2024, il publie aux éditions Hemisphères Malgaches et Vazaha à Tamatave (1854-1885) : Métissages et médiations sur la côte Est de Madagascar. Cet ouvrage majeur (580 pages) analyse la présence des Vazaha sur la côte orientale au XIXᵉ siècle, dans un contexte de domination merina. Il montre comment l’alliance des Vazaha avec les élites locales — notamment à travers des unions avec des femmes betsimisaraka — a contribué à structurer les dynamiques sociales et économiques de Tamatave.