Scarlatti, 3 Sonates mi do si, Dupuis Ph L Piano
Philippe Louis Dupuis
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Scarlatti, 3 Sonates mi do si, Dupuis Ph L Piano
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Philippe Louis Dupuis
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La relevance (la pertinence historique, musicale et artistique) de la Sonate en Mi Majeur K. 380 de Domenico Scarlatti réside dans le fait qu’elle incarne une rupture majeure avec le style baroque traditionnel et préfigure le classicisme, tout en capturant l'essence culturelle de l'Espagne du XVIIIe siècle
Voici pourquoi cette œuvre est considérée comme un chef-d'œuvre incontournable de la littérature pour clavier :
1. Une synthèse culturelle unique (Le "Sortilège espagnol")
Bien que Scarlatti soit un compositeur italien de Naples, il passe les dernières décennies de sa vie au service de la famille royale en Espagne. La pertinence de la K. 380 tient à la manière dont elle transcrit la musique populaire et de rue espagnole sur un clavier classique. Le rythme de marche (Andante commodo) évoque un défilé de la cour ou une procession religieuse à Madrid, d'où son surnom de "Cortège". On y entend des imitations frappantes de fanfares de trompettes royales, de cors, mais aussi des pincements qui rappellent la guitare ibérique.
2. Une rupture stylistique : Entre Baroque et Lumières
Contrairement à son contemporain Jean-Sébastien Bach, qui pousse la complexité de la polyphonie et de la fugue à son paroxysme, Scarlatti choisit une autre voie. La K. 380 est pertinente parce qu'elle privilégie l'homophonie et la clarté mélodique :
• Une mélodie principale claire à la main droite, soutenue par un accompagnement rythmique.
• Ce style annonce directement la transition vers la musique de l'époque classique (Mozart, Haydn) et le "style galant".
3. Une modernité formelle et technique
Sous une apparente simplicité, la K. 380 est une petite révolution d'écriture :
• La concision : Scarlatti parvient à condenser un monde d'émotions et d'images en seulement trois minutes. C'est l'art de la miniature poétique.
• L'audace harmonique : Il utilise des modulations soudaines et des ruptures de ton audacieuses pour l'époque, passant d'un motif joyeux à des nuances plus intimistes et mélancoliques.
4. Sa postérité
Aujourd'hui, sa pertinence est immense pour les interprètes. Elle est devenue le symbole du génie scarlattien et reste l'une des sonates les plus jouées au monde. Elle sert de référence absolue pour étudier l'articulation, le contrôle du rythme et la délicatesse expressive, aussi bien au clavecin qu’au piano moderne
la Sonate en si mineur, K. 377 (répertoriée sous le catalogue Longo comme L. 263), qualifiée d'allegrissimo, tient à son statut de chef-d'œuvre de virtuosité rythmique et d'audace mécanique, poussant les capacités du clavecin (et du piano) à leurs extrêmes limites pour l'époque
Alors que la K. 380 brille par son atmosphère de cortège royal, la K. 377 s'impose par une énergie brute et une modernité technique saisissante :
1. Une démonstration fulgurante du "style percutant" espagnol
Composée durant la pleine maturité de Scarlatti en Espagne, la K. 377 transcrit de manière obsessionnelle l'énergie de la danse ibérique (comme le flamenco ou la jota). L'indication Allegrissimo n'est pas seulement une question de vitesse, mais d'urgence rythmique. La pertinence de l'œuvre repose sur cette impulsion motrice ininterrompue, un véritable "perpétuel mouvement" qui capture la frénésie des rythmes populaires de la rue de Madrid ou de Séville
2. Une rupture technique : L’obsession du motif et de la percussion
À l'opposé de la polyphonie fluide des compositeurs d'Europe du Nord, Scarlatti utilise ici le clavier comme un instrument à percussion :
• Les notes répétées et motifs obsessionnels : L'œuvre est construite sur de courtes cellules rythmiques répétées avec insistance. Cette technique crée un effet d'hypnose et de tension dramatique continue
L'indépendance et le grand écart des mains : La sonate exige une agilité extrême, avec des sauts, des croisements et des décalages rythmiques qui mettent à l'épreuve le contrôle de l'interprète.
3. L'audace harmonique moderne
La tonalité de si mineur est traditionnellement associée au XVIIIe siècle à la mélancolie ou à la gravité. Scarlatti prend à contre-pied cette convention en lui insufflant une vitalité presque violente. Il utilise des dissonances piquantes (parfois des agrégats de notes imitant le grattage brutal d'une guitare) et des modulations abruptes. Ces harmonies « frondeuses » font que de nombreux musicologues y voient les prémices des textures pianistiques du XXe siècle (comme chez Béla Bartók ou Prokofiev).
Source I.A. – Enregistrées en 1990.