La plus grosse bordée du monde a perdu : la Forte, 1er mars 1799
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La plus grosse bordée du monde a perdu : la Forte, 1er mars 1799
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⚓ Nuit du 1er mars 1799, à l’embouchure de l’Hougly, en vue de Calcutta. La Forte est la plus grande frégate construite comme telle au monde : 28 pièces de 24 livres, 610 livres de fer par bordée. En face, la Sybille, une frégate française prise aux Cyclades cinq ans plus tôt par un vaisseau de 50 canons, avec du 18 livres et 503 livres de bordée. Au bout de deux heures et quart, la Forte a 65 tués et plus de 300 trous de boulet dans la coque. L’Anglaise en a 5 et six. Et la France ne construira que quatre frégates de 24, quand le monde en alignera 137 de 18.
Nous démontons ce navire comme une machine, et le démontage commence par une arithmétique que personne n’imprime. Le canon de 24 livres du règlement de 1786 pèse 2 500 kg nu, 2 970 kg avec son affût ; le 18 livres, 2 425 kg. Vingt-huit pièces de 24, c’est 83 tonnes au lieu de 68 — mais sur une frégate, cette différence n’est pas en bas, elle est en haut, parce qu’il n’y a qu’un pont et qu’il est haut. Puis vient le prix en hommes : douze canonniers par pièce de 24 contre dix pour un 18, soit 430 hommes d’équipage au lieu de 300 à 315. Et vient enfin la contrainte dont aucun état d’armement ne parle : un tube de 2,73 m qu’il faut rentrer pour charger impose quinze sabords par bordée, donc une coque de 53 mètres — aussi longue qu’un 74 canons de Sané — avec une seule batterie pour tenir les deux flancs. Une telle coque fait le dos. Les deux seules solutions trouvées à l’époque : la française, bâtir la frégate sur la membrure d’un vaisseau de ligne, ce qui est le cas de la Forte ; l’américaine, tricher avec des porques diagonales dans la cale.
Reste la moitié politique de l’histoire. Le type est français et daté : en 1768, Boux propose de remplacer les vaisseaux de 50 canons par de fortes frégates de 24. Deux coques sont bâties sur ses plans à Lorient en 1772 ; aucune ne recevra jamais cette batterie. La France finira par en armer quatre sous la République — Résistance, Vengeance, Forte, Égyptienne — et les perdra toutes les quatre. Londres, qui tenait depuis 1797 la meilleure d’entre elles, l’Endymion, bâtie sur les lignes de la Pomone pour 18 012 £ de construction, lui a débarqué ses 24 livres en novembre 1803 : avec 183 frégates à armer en 1810, le problème n’était pas de gagner un duel. Les États-Unis, eux, n’avaient ni ligne ni arsenaux, et quatre frégates de 24 furent toute leur marine. En 1812, trois frégates britanniques de 18 sont prises en cinq mois, dont le Java, née Renommée à Lorient. Le 17 mai 1813, les 24 livres remontent sur l’Endymion ; le 10 juillet, l’Amirauté interdit par écrit à ses frégates d’engager seules la classe américaine ; et en février 1817, toute la série reçoit le quatrième rang et cinquante canons — le rang laissé vacant par le vaisseau de 50.
⏱ Sommaire
00:00 La nuit de l’Hougly
00:52 Ce que c’est, en chiffres
02:44 Le projet de Boux
04:46 L’échec de 1772
07:00 Le poids
09:12 Le dos du navire
11:35 Les quatre
14:04 La nuit du 1er mars
16:09 Ce que Londres a refusé pendant seize ans
18:25 Quatre frégates pour un pays sans flotte
20:41 Mille huit cent treize
23:22 Sources
📜 Ce que l’on sait et ce qui est reconstitué Les dimensions, les armements, les poids réglementaires, les effectifs, les prix en livres sterling et en dollars, et les pertes au combat viennent des monographies et des relevés cités plus bas. Ensuite, les sources se contredisent sur la Résistance et la Vengeance : la littérature française les donne comme frégates de 24 avec 430 hommes, les relevés anglais les donnent dessinées pour du 24 mais armées en service avec du 18 ; nous donnons les deux lectures. L’ordre de l’Égyptienne commencée comme vaisseau de 74 canons est une hypothèse d’archives, pas un fait établi. La lettre de Napoléon à Decrès du 23 février 1805 nous est accessible par une seule source citant sa correspondance publiée. Les heures du combat du 1er mars varient d’une demi-heure selon les récits, et les pertes de la Sybille sont données soit à cinq tués et dix-sept blessés, soit à six et seize. Les images sont des reconstitutions.
📚 Sources • Boudriot J. et Berti H., « La Frégate : marine de France 1650–1850 », Éditions Ancre • Boudriot J. et Berti H., « L’Égyptienne, frégate de 24, 1799 », Éditions Ancre • Winfield R. et Roberts S., « French Warships in the Age of Sail », Seaforth • Winfield R., « British Warships in the Age of Sail 1793–1817 », Seaforth • Napoléon I, « Correspondance », lettre à Decrès du 23 février 1805 • Règlement du 1er janvier 1786 sur l’artillerie de la marine • USS Constitution Museum, Boston · Musée national de la Marine
🎬 Archives de la Marine — l’ingénierie de l’âge de la voile.
⚓ Et dites en commentaire si vous avez vu un devis donnant le prix d’une frégate de 24 en livres tournois : nous n’en avons trouvé aucun.
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