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Témoignage du Père Manuel Musallam, curé de Gaza, 2010

Retour du Christ

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Témoignage du Père Manuel Musallam, curé de Gaza, 2010

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Le père Musallam s’est rendu en France au printemps 2010 à l’occasion de la sortie de son livre d’entretiens avec Jean-Claude Petit, président de Chrétiens de la Méditerranée. Dans cet ouvrage, intitulé « Curé à Gaza, un juste en Palestine » et publié aux Editions de l’Aube, le père Musallam décrit la vie quotidienne des habitants de Gaza au moment de l’opération « Plomb durci » et la souffrance, particulièrement celle des enfants, dont il a été le témoin des jours et des nuits durant. Article de La Vie du 22/07/2014 : «À Gaza, les musulmans et les chrétiens sont des frères» ARNAUD AUBRY AVEC LAURENT GRZYBOWSKI Depuis le début de l'offensive israélienne, au moins 593 Palestiniens ont été tués, et plus de 4 000 autres ont été blessés. Côté israélien, le bilan serait de 29 décès, dont 2 civils. L'opération militaire entraîne également un déplacement de population. Selon le père Raed, directeur de Caritas Jérusalem, l'école catholique située à côté de l'église de la Sainte Famille (la seule église catholique de toute la bande de Gaza) accueille actuellement 800 déplacés. Une école grecque orthodoxe en accueille 1000. Ceci en plus de ceux abrités par les établissements de l'Unrwa (l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) où se réfugient également de nombreux déplacés. Selon l'ONU, plus de 100 000 Palestiniens ont déjà fuit leur maison. Peu avant les bombardements, les habitants de Gaza reçoivent des messages de l'armée israélienne sur leur téléphone portable les invitant à quitter d'urgence leur maison. Manuel Musallam, l'ancien prêtre de l'église de la Sainte famille à Gaza qui habite désormais en Cisjordanie a lui-même reçu ces messages. Pour lui : «C'est une guerre psychologique. C'est la même politique qu'au temps de la création de l'Etat d'Israël en 1948 : une politique de la terre brûlée.» Malgré les bombardements, certains habitants choisissent pourtant de rester chez eux. C'est le cas de Brahim Jahshan : «On reste dans notre maison (il habite dans la ville de Gaza). Où voulez-vous que l'on aille ? A l'est, à l'ouest, au nord ou au sud c'est la même situation.» Le père Raed confirme : «Ils ne peuvent se réfugier nulle part : ils ne peuvent pas sortir de la Bande de Gaza ! Les frontières sont fermées du côté israélien, mais aussi au point de passage de Rafah (au sud, à la frontière avec l'Egypte, ndlr).» Selon lui, il faudrait que l'Egypte ouvre ses frontières «pour évacuer les blessés, et pour amener des médicaments. Depuis le début de l'opération militaire israélienne, le silence des pays arabes est terrible ! Surtout celui des Egyptiens, c'est un crime de guerre !» Chrétien palestinien, né à Gaza, Khalil Zakharia, 30 ans, est étudiant à Paris en master solidarité et action internationale. Après avoir réussi à fuir son pays, il est arrivé en France il y a deux ans pour poursuivre ses études, laissant là-bas sa mère et ses deux sœurs, Leïla, 20 ans, et Marianne, 17 ans. «Depuis le début de la guerre, je parle avec elles tous les jours au téléphone. Elles sont terrorisées et n'arrêtent pas de pleurer. Elles vivent dans la peur et dans l'angoisse permanente. Quand je demande à mes sœurs de quoi elles auraient le plus besoin, elle me répondent : « d'un sophrologue » . » Recluses dans le fond d'une chambre, loin des fenêtres, elles n'osent plus sortir à cause des bombes qui tombent jour et nuit. Certes, il y a bien deux ou trois heures de calme aux alentours de midi, mais la trêve n'est jamais garantie. Dans le quartier, il n'y a ni eau, ni électricité, et les gens ont du mal à trouver de quoi se nourrir. «Gaza est une immense prison à ciel ouvert» poursuit Khalil. «Les missiles envoyées par des avions F16 creusent d'immenses cratères Personne n'est à l'abri. Le bruit des explosions est permanent, insupportable, et contribue à créer un climat d'insécurité. Le cimetière attenant à l'église orthodoxe a été détruit et toutes les tombes ont été retournées. Même les morts ne peuvent plus dormir tranquille ! Mes sœurs, qui sont totalement traumatisées, me disent qu'elles n'ont plus qu'une chose à faire : prier.» Pour le père Raed, dont l'organisation travaille à Gaza depuis 1990 : «Il faut arrêter cette guerre le plus tôt possible, mais ça ne suffit pas !» Pour lui, la seule solution est de «lever le blocus, et de faire en sorte que ce ne soit plus le Hamas mais l'Autorité palestinienne qui soit en charge de la bande de Gaza.» Manuel Musallam conclut : «Je connais un enfant de 8 ans qui a déjà connu 4 guerres. Que va-t-il devenir ? En se comportant de la sorte, les Israéliens sont en train de créer toute une génération de futurs terroristes.»