Un patrimoine fruitier, le pôle fruitier de Bretagne par Olivier Ibarra
SNHF Société Nationale d'Horticulture de France
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Directeur du Pôle Fruitier de Bretagne depuis 6 ans, écologue et ingénieur agronome INAPG, Olivier Ibarra a exercé auparavant en tant que coordinateur du réseau Civam en Ardèche puis responsable de formation au sein d’un CFPPA en Ille et Vilaine. Passionné par l’évolution des systèmes agraires en lien avec l’agroécologie et le développement rural durable, il porte un regard ambitieux sur le potentiel du patrimoine génétique et culturel fruitier et l’impérieuse nécessité de préserver à long terme cette ressource pour l’agriculture et l’alimentation du plus grand nombre.
Résumé de l’intervention
Lorsque l’on parle de patrimoine fruitier, ou de biodiversité cultivée fruitière, nous touchons tout autant une ressource culturelle, sorte de raison d’être d’une variété, qu’une ressource génétique, résultat de multiples croisements, généralement de hasard, au fil des siècles. En Bretagne, il est d’usage de dire qu’une variété n’existe que si les deux sont réunies et que perdre l’une des deux est souvent irrémédiable.
Le Pôle Fruitier de Bretagne a été imaginé au début des années 2010 dans l’esprit des Conservatoires Régionaux des Ressources Génétiques, à l’initiative et dans l’objectif de fédérer les structures locales œuvrant depuis les années 1980s à la préservation du patrimoine fruitier via un travail de collectage (de mémoire et de matériel végétal) et de création in situ d’une multitude de vergers à vocation conservatoire. La conservation des variétés recensées s’organise ainsi en Bretagne via un ensemble évolutif de près de 200 vergers (majoritairement de pommiers) à vocation conservatoire gérés par de nombreux acteurs locaux et représentant plus de 10 000 arbres pour un nombre d’accessions supérieur à 3 000.
En effet, s’il existe bien évidemment différents moyens de conserver cette ressource à l’identique, excluant de fait la conservation par graine, le système retenu pour conserver de manière efficience cette biodiversité cultivée fruitière est celui de la conservation par greffage sur porte-greffe franc ou sélectionné, l’ensemble de ces porte-greffes + greffons étant implantés dans des vergers dit conservatoires. Cette modalité s’est avérée être à l’usage, pour un réseau principalement bénévole, une solution plus accessible techniquement et économiquement que la cryoconservation et aussi moins aléatoire que le bouturage.
Une des spécificités historiques bretonnes, au-delà de la très importante richesse pomologique paysanne et donc de la modeste bibliographie disponible, est le choix d’implanter ces vergers conservatoires au plus proche du secteur de collectage, sur des terrains principalement publics et peu aliénables et surtout une modalité de conduite des vergers en haute-tige, à l’image des vergers de plein vent sur lesquels ont été prélevés les variétés mais aussi pour être en cohérence avec les informations comportementales collectées chez les détenteurs de ces variétés.
Cette multiplicité des intervenants sur ce type de vergers (propriétaire du terrain, gestionnaire de la surface enherbée, responsables de l’entretien des arbres, bénévoles observateurs pomologiques, usagers, …) n’est pas sans poser de nombreuses problématiques de coordination, mais dans l’ensemble cela reste à ce jour la solution la plus efficiente de la conservation de cette biodiversité.
Le rôle du Pôle Fruitier de Bretagne, qui se pose en gestionnaire de collections réparties dans un verger virtuel à l’échelle régionale, est d’apporter un premier niveau de mutualisation et coordination des informations sur ce qui est conservé par chacun afin d’avoir une idée du niveau de sécurisation des collections. Cela passe également par un travail de formalisation des éléments de traçabilité des accessions mises en collections, l’identification des pieds mères ou vergers-mères, et également par un travail d’appui aux pomologues en leur offrant la possibilité de confirmer ou d’infirmer une hypothèse variétale par l’établissement d’un profil génétique. Ainsi il s’agit de minimiser le risque d’erreur lors des opérations de diffusion de cette biodiversité.
A titre d’illustration conclusive, le Pôle Fruitier de Bretagne présentera une initiative inédite d’inventaire participatif des poiriers vénérables bretons permettant, dans l’urgence, de préserver une nouvelle ressource génétique et culturelle fruitière jusqu’alors inexplorée et non connue des spécialistes locaux. Cette initiative, qui une nouvelle fois illustre la richesse fruitière paysanne et la nécessité de créer de nouveaux vergers conservatoires, tout en posant la délicate question de l’adaptabilité des porte-greffes au changement climatique, est aujourd’hui dédoublée par un travail similaire autour du cormier (Sorbus domestica) et peut-être demain autour des reliquats matériels et immatériels de la vigne en Bretagne.