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Pourquoi le déclin

Homo-Servus

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Pourquoi le déclin

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Pourquoi la civilisation a-t-elle décliné dans les sociétés musulmanes ? Une lecture de la pensée de Malek Bennabi et de la vision de Dr Wahiba Mellaoui sur le piège de l’innovation Si nous voulons expliquer le déclin des sociétés musulmanes, nous devons d’abord distinguer deux questions différentes : pourquoi les musulmans ont-ils connu un déclin sur le plan civilisationnel ? Et l’islam lui-même est-il la cause de ce déclin ? Pour Malek Bennabi, la réponse à la seconde question est essentiellement : non. Selon lui, le problème ne réside pas dans l’islam en tant que religion, mais dans la capacité de la société à transformer ses valeurs et ses idées en une force civilisationnelle productive. Bennabi part de l’idée que la civilisation ne se construit pas simplement par la possession de ressources ou par l’importation de technologies. Une société peut importer des usines, des universités, des machines et des lois, mais si elle ne dispose pas de l’être humain capable de les utiliser, de les développer et de les adapter, ces éléments ne permettront pas de produire une civilisation durable. C’est pourquoi Bennabi accorde à l’être humain et aux idées une place centrale dans le processus de construction de la civilisation. Pour lui, la civilisation commence lorsque un ensemble d’idées et de valeurs se transforme en comportements, en actions, en organisation et en production. Ainsi, une société peut disposer de la religion, de la richesse et de ressources naturelles, tout en restant incapable de construire une civilisation si elle a perdu « l’idée motrice » qui organise ces potentialités et les oriente. C’est dans ce contexte qu’apparaît la notion de « prédisposition à la colonisation » (al-qābiliyyah li-l-istiʿmār). Bennabi ne cherche pas, à travers cette notion, à disculper le colonisateur ni à faire porter aux peuples la responsabilité de leur propre colonisation. Il veut plutôt montrer que la colonisation trouve des conditions plus favorables lorsque la société souffre déjà de faiblesse, de divisions, d’immobilisme et d’une perte de capacité à s’organiser et à prendre des initiatives. Ainsi, la relation entre la colonisation et la faiblesse interne n’est pas une relation de cause unique, mais un cercle d’interactions réciproques : la faiblesse interne facilite la domination extérieure, tandis que la colonisation, à son tour, approfondit cette faiblesse et contribue à la reproduire. Une autre idée importante chez Bennabi est celle des « idées mortes ». Une société peut considérer qu’elle possède un patrimoine religieux et culturel exceptionnel, mais sans parvenir à le transformer en une force concrète dans les domaines de la science, de l’éducation, du travail et de l’organisation. Dans ce cas, la religion reste présente en tant que patrimoine social, symboles et identité, mais elle ne fonctionne plus comme une force civilisationnelle productive. L’islam lui-même freine-t-il la civilisation ? Dans cette perspective, Bennabi ne considère pas que l’islam lui-même soit hostile à la civilisation. L’histoire apporte d’ailleurs un argument puissant contre cette idée : la civilisation islamique a vu émerger d’importantes institutions et de nombreux mouvements scientifiques dans les domaines de la médecine, des mathématiques, de l’astronomie, de l’optique, de la philosophie, de l’ingénierie et du commerce.