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«Reconsidérons les pages arrachées de l'histoire pour nous accepter enfin comme peuple postcolonial»

Regards

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«Reconsidérons les pages arrachées de l'histoire pour nous accepter enfin comme peuple postcolonial»

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Mame-Fatou Niang et Julien Suaudeau viennent de publier "Universalisme" aux éditions Anamosa. Ils sont les invités de la Midinale. http://www.regards.fr Sur l’universalisme « Le concept d’universalisme a été dévoyé. » « Nous faisons le constat d’un projet qui n’est pas arrivé à terme. » « L’universalisme fait l’objet d’un rapt de la part d’une certaine caste qui décrète qu’on y est, que le projet universaliste est arrivé à son terme. » « L’universalisme, depuis sa naissance, a toujours été un projet incomplet et qui a souffert d’exception par rapport aux droits des femmes, de certaines minorités ou même des libertés. » « L’universalisme est un projet qu’il faut chérir mais qui a ses failles. » « Nous cherchons à déconstruire ce que l’on appelle le pseudo universalisme : tout un système d’impasses, d’angles morts, l’organisation d’oublis et d’une amnésie historique par rapport à l’histoire du colonialisme français. » « Il y a une mythologie et une idéologie pseudo-universaliste qui remplit trois fonctions : 1- escamoter les crimes contre l’humanité qu’ont été la traite et l’esclavage des noirs et l’importance qu’ont eu ces crimes dans le rayonnement de la France et dans l’essor du capitalisme mondial (…). 2- Conserver la mainmise sur la production du roman national. Et 3- Nier toute forme d’existence d’actualité, de réalité du racisme français. » « On parle d’universalisme à la française. » « La France est une petite province dans un endroit qui s’appelle le monde. » « Il est extrêmement important pour nous de sortir du nombrilisme français, de cette centralisation d’une France qui deviendrait le centre du monde, avec une extension de sa mission civilisatrice. » « On se place dans une perspective républicaine parce qu’à notre sens le monopole sur la production des valeurs républicaines est extrêmement problématique et nous emmène tout droit vers une France qui n’est pas républicaine mais plutôt post-républicaine. » « Notre axe de réflexion c’est plutôt de nous ramener en France avant d’envisager autre chose, c’est-à-dire à la connaissance, à l’acceptation et au faire face de notre histoire coloniale. » « Il y a des pages arrachées et manquantes dans cette chose qu’on appelle le roman national de manière bien commode (…). Il est de notre responsabilité de connaître ces zones d’ombres pour nous accepter enfin comme un peuple post-colonial. » « Une fois qu’on aura accompli ce travail de reconnaissance et d’acceptation historiques - et ça n’est ni une position de repentance ni de concurrence victimaire mais bien une histoire de responsabilité et de devoir de mémoire - peut-être qu’on pourra envisager autre chose qui est le pluriversalisme. » « On n’est pas sur une victimisation. » « On assiste aujourd’hui à ce qu’on appelle la colonialité, qui sont des survivances contemporaines de l’histoire oubliée de l’esclavage et de la colonisation. » « Penser que le racisme ou l’antiracisme auraient été importés par les Etats-Unis est une imposture. » « La manière dont le pouvoir politique et médiatique utilise la reconnaissance d’une femme noire au Panthéon [Jospéhine Baker] comme une sorte de preuve que le racisme n’a ni histoire ni forme d’actualité en France est tout à fait problématique. » Sur le post-colonialisme, l’anti-colonialisme et le décolonial « Nous sommes dans une logique de compréhension et de mise en commun. De réparation. » « On cherche à apprendre à dire nous. » « On se place dans une perspective qui cherche à tendre vers une forme d’harmonie, de dialogue et donc on n’avait pas envie de se poser dans une logique d’antagonisme ou de contre. On n’aime pas cette logique des deux camps souvent présupposée par le camp pseudo universaliste. » « Il est très urgent de sortir de cette logique de clash et de cette volonté de vouloir à tout prix avoir le dernier mot. » « L’universalisme qu’on essaie de réinventer implique un renoncement à l’idée d’avoir le dernier mot. » « On parle d'histoire post-colonial parce qu’il n’y a pas deux corps. On parle d’une situation d’un corps : la France comme élément post-colonial. » « Il faut arrêter de voir l’autre comme autre et de comprendre comment est-ce que cet autre est devenu noir. » « La post-colonialité, c’est l’évidence de ce qu’est la France. » « Le traitement policier des banlieues françaises obéit point pour point au traitement militaire qui a pu être réservé au 19ème siècle aux pays colonisés d’Afrique ou des Caraïbes. » « Notre position universaliste est aussi anticoloniale. » « Ceux qu’on appelle les rentiers de la République ou qui exercent un monopole sur la production du discours universaliste doivent être mis devant les incohérences et les contradictions de leur discours, non pas pour les exclure du champ républicain mais in fine, pour les y amener. » La suite à lire sur www.regards.fr !