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Primo Levi et Auschwitz 一 Fabrice Pras

Andrea Cirla

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Primo Levi et Auschwitz 一 Fabrice Pras

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Andrea Cirla
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Primo Levi est né à Turin en 1919 dans une famille bourgeoise, d’origine juive. Peu pratiquants, les Levi étaient une famille profondément laïque dont les enfants ne prendront conscience de leur judéité qu’avec les lois raciales de 1938. Diplômé en chimie de l’université de Turin, le jeune Primo rejoint le maquis pendant la guerre et sera arrêté en 1943, après la chute du régime de Mussolini. Comme la plupart des 50 000 juifs vivant alors sur le sol italien, il est déporté vers les camps de concentration allemands. A partir de février 1944 jusqu’au débarquement des premiers soldats russes en janvier 1945, il est interné dans la prison de Buna-Monowitz, désignée sous le nom de Auschwitz III. En février 1944, ils avaient été 600 à être déportés à Auschwitz, seuls trois en reviendront vivants. Primo Levi doit sa survie en partie à sa formation de chimiste qui le rendait apte à travailler pour l’usine de caoutchouc située dans le périmètre d’Auschwitz. Son statut particulier ne le protègera pas toutefois de la dégradation et de la déshumanisation que connaissent les prisonniers dans les camps de concentration, qui étaient de véritables antichambres des chambres à gaz et des fours crématoires, où de millions d’être humains furent exterminés de manière méthodique et industrielle. C’est cet univers concentrationnaire où la prison n’est pas seulement un lieu d’enfermement, mais aussi un lieu d’humiliation et de l’aliénation de l’humain, qui est le véritable sujet de Si c’est un homme. Le titre de ce livre hors genre est extrait du refrain du poème que l’auteur a placé en exergue de son récit. Ce refrain « Considerate se questo à un uomo », qui donne en français « Considérez si c’est un homme », s’adresse aux lecteurs. Il leur rappelle la force qu’il a fallue aux prisonniers de ces camps pour résister contre la démolition de leur humanité, symbolisée notamment par le poinçonnage d'un numéro sur le bras des détenus. « Häftling : j’ai appris que je suis un Häftling, écrit Levi. Mon nom est 174 517 ; nous avons été baptisés et aussi longtemps que nous vivrons nous porterons cette marque tatouée sur le bras gauche. » Primo Levi vécut les horreurs du camp nazi alors qu’il avait à peine vingt-quatre ans. Très vite, il a senti le besoin de raconter son expérience, d’écrire noir sur blanc tant pour ses contemporains que pour la postérité, « ce que je ne pourrais dire à personne ». Il lui fallait raconter pour se libérer. L’idée du livre est née dès les premiers mois de l’incarcération, comme l’auteur l’a souvent expliqué pendant les années qui ont suivi la parution de l’ouvrage. Il s’agissait de « notes griffonnées à la dérobée » qu’il fallait jeter aussitôt « car elles m’auraient coûté la vie si on les avait trouvées sur moi ». Dès son retour à Turin, fin 1945, la guerre définitivement terminée, l’ancien déporté s’est remis au travail, reconstituant de mémoire les notes prises et aussitôt jetées. Le livre Si c’est un homme, qui fait le récit intime des onze mois de détention de Primo Levi à Auschwitz, est publié la première fois en 1947 chez un petit éditeur, les grands n’ayant pas compris la valeur humaine et historique de cette œuvre de témoignage, lumineuse et profonde. Il va falloir attendre la publication d’une version retravaillée et augmentée de l’ouvrage en 1958, cette fois chez Einaudi - le Gallimard italien - pour que le livre rencontre enfin son lectorat. Avec la prise de conscience grandissante en Europe du sens civilisationnel du génocide des juifs jusque-là absorbé dans le phénomène global des camps de concentration, l’œuvre a pris au cours des dernières décennies une place centrale dans la réflexion occidentale sur les limites de la culture humaniste. A partir des années 1980, elle devient un best-seller international se vendant à plus de 200 000 exemplaires par an et fait désormais régulièrement partie des programmes scolaires à travers le monde. Pour méritée qu’elle soit, cette célébrité n’a pas été sans inconvénient pour Primo Levi. Elle l’a réduit à son statut de témoin et surtout à celui de l’homme d’un seul livre, occultant la richesse du corpus littéraire à son actif, composé de romans, de poésies, de correspondances et de mémoires. D’ailleurs le label «littérature de déportation » dans lequel ses livres sont souvent rangés, ne rend guère justice à cette œuvre essentiellement plurielle. Ses thématiques ne se limitent pas à l'expérience du camp de concentration, qui correspond à seulement onze mois dans la vie de Primo Levi, mort à 67 ans. Parmi les autres titres de Primo Levi qui connaissent un succès d’estime, il conviendra de citer La Trêve, paru en 1963. C’est un récit picaresque du retour de l’auteur à Turin après la guerre, une véritable odyssée qui va durer neuf mois, conduisant le protagoniste à travers une Europe libéré de la démence nazie, rendue à elle-même.