Ce qu’on oublie dans la formation des enseignants | Philippe Meirieu
Philippe Meirieu
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Ce qu’on oublie dans la formation des enseignants | Philippe Meirieu
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Philippe Meirieu
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Que signifie réellement être enseignant aujourd’hui ? Suffit-il de maîtriser un programme, de transmettre des connaissances et de faire progresser les élèves ? Pour Philippe Meirieu, la réponse est clairement plus complexe.
Dans cet entretien consacré à la formation des enseignants et à l’idée d’« apprendre à enseigner à apprendre », Philippe Meirieu propose une réflexion profonde sur le métier d’enseignant, le rapport au savoir, la relation avec l’élève et la mission fondamentale de l’école.
Pour le pédagogue, enseigner ne consiste pas simplement à posséder un savoir pour ensuite le transmettre. L’enseignant doit lui-même rester en recherche, interroger les connaissances qu’il enseigne, comprendre leur histoire, leur construction et les conditions dans lesquelles elles peuvent devenir réellement accessibles aux élèves.
C’est pourquoi Philippe Meirieu défend une idée forte : tout enseignant doit, d’une certaine manière, rester un chercheur dans ses propres savoirs.
🔹 LE RAPPORT DE L’ENSEIGNANT AU SAVOIR
Le professeur doit évidemment connaître les programmes, maîtriser les contenus et être capable d’organiser les apprentissages. Mais cela ne suffit pas.
Philippe Meirieu critique une conception trop « bancaire » de la pédagogie, où les connaissances seraient simplement transmises comme des objets que l’on dépose chez l’élève.
Les savoirs doivent au contraire être replacés dans leur histoire : pourquoi ont-ils été construits ? À quels problèmes répondaient-ils ? Contre quelles idées se sont-ils développés ?
Enseigner devient alors une manière de faire entrer l’élève dans l’aventure intellectuelle de l’humanité.
🔹 COMPRENDRE CELUI QUI NE COMPREND PAS
Deuxième exigence essentielle : l’enseignant doit être capable de se placer du point de vue de celui qui apprend.
Ce qui paraît évident au professeur peut être extrêmement difficile pour l’élève.
Philippe Meirieu évoque ici ce qu’il appelle le « moment pédagogique » : le moment où l’enseignant découvre que l’élève résiste, ne comprend pas ou n’entre pas dans l’apprentissage.
Cette résistance ne doit pas conduire immédiatement au découragement ou au jugement. Elle doit devenir un objet de recherche : quel obstacle empêche l’élève de comprendre ? Une représentation préalable ? Un mot ambigu ? Une difficulté cognitive ? Un problème d’attention ?
🔹 UNE ÉCOLE QUI RALENTIT DANS UN MONDE QUI ACCÉLÈRE
Philippe Meirieu s’arrête également sur une difficulté devenue centrale : l’attention.
Dans un monde dominé par les sollicitations multiples, le zapping, l’immédiateté et les réactions permanentes, maintenir son attention dans la durée devient de plus en plus difficile.
Face à cette accélération, l’école doit assumer une fonction particulière : créer des espaces de décélération.
Des espaces où l’on peut prendre son temps, réfléchir, se concentrer, travailler dans la durée et apprendre à penser sans être constamment sollicité par des stimuli extérieurs.
🔹 L’ÉCOLE N’EST PAS UN SUPERMARCHÉ
Autre affirmation forte de Philippe Meirieu : l’école est une institution, pas un simple service.
Elle possède une mission collective et intergénérationnelle : transmettre ce que les générations précédentes ont construit tout en permettant aux nouvelles générations de s’émanciper.
Le défi pédagogique consiste ainsi à articuler en permanence deux exigences : transmettre et émanciper.
🔹 COMMENT FORMER LES ENSEIGNANTS ?
Philippe Meirieu identifie trois dimensions fondamentales dans la formation des enseignants :
• une dimension culturelle, permettant à l’enseignant d’entretenir un rapport vivant aux œuvres et aux savoirs ;
• une formation en sciences humaines — psychologie, sociologie, anthropologie — afin de mieux comprendre les élèves et leurs environnements ;
• une dimension pédagogique et éthique, fondée sur la liberté, la responsabilité et la possibilité pour chacun de dépasser progressivement certains déterminismes.
Il défend également l’alternance et l’analyse des pratiques.
Pour Philippe Meirieu, opposer simplement « théorie » et « pratique » n’a guère de sens. L’enjeu est plutôt d’articuler des modèles permettant de comprendre les situations avec la capacité de prendre les bonnes décisions dans des contextes réels.
L’enseignant est ainsi présenté comme un professionnel capable d’analyser, d’anticiper, de décider, d’expérimenter et de revenir sur ses propres pratiques.
Cette réflexion de Philippe Meirieu interroge directement la pédagogie, la formation des enseignants, le métier de professeur, les apprentissages, l’attention des élèves, la transmission des savoirs, l’émancipation et la mission de l’école dans la société contemporaine.
🎬 Titre original : Entretien avec Philippe Meirieu : Etre enseignant aujourd'hui
🌐 Source : Site de Philippe Meirieu
https://www.meirieu.com/