JE SAIS QUE C’EST MA MÈRE
Talichar
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JE SAIS QUE C’EST MA MÈRE
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JE SAIS QUE C’EST MA MÈRE
Je sais que c’est ma mère.
Même quand ses yeux passent sur moi
comme on passe devant une maison
dont on aurait oublié l’adresse.
Elle me regarde…
sans me voir.
Ses yeux glissent sur mon visage,
cherchent un nom,
un lieu,
une époque,
un souvenir accroché quelque part
dans les ruines de sa mémoire.
Et moi,
je reste là.
Je souris.
Je ne lui dis pas :
« Maman, tu m’as oubliée. »
Parce que ce serait trop cruel
de demander à une mémoire qui s’effondre
de retenir encore mon prénom.
Alors je lui donne le mien
sans attendre qu’elle le garde.
Je lui tends ma main
sans lui demander de savoir
à qui elle appartient.
Elle me parle à moitié,
comme à un passant oublié,
comme si j’étais quelqu’un
qu’elle avait peut-être connu.
Mais moi…
Moi, je la connais.
Je reconnais sa façon de bouger,
sa façon de chercher quelque chose
qu’elle ne sait même plus nommer.
Je reconnais ses mains.
Ces mains qui m’ont portée
avant que je sache marcher.
Ces mains qui ont essuyé mes larmes
avant que je sache pourquoi je pleurais.
Aujourd’hui,
c’est moi qui tiens les siennes.
La vie a simplement inversé les rôles.
Et ça fait mal.
Parce qu’il y a une étrange injustice
à voir sa mère devenir étrangère
alors qu’elle fut autrefois
le premier endroit où l’on se sentait chez soi.
Elle oublie mon prénom…
Mais moi,
je n’oublierai jamais le mot
Maman.
Elle oublie nos souvenirs…
Mais moi,
je les porterai pour deux.
Elle oublie qui je suis…
Mais moi,
je me souviens parfaitement
de celle qu’elle a été.
Alors si un jour
elle me regarde encore
avec des yeux sans mémoire,
je ne lui demanderai rien.
Ni de me reconnaître,
ni de se souvenir.
Je resterai.
Parce que l’amour véritable
ne dit pas :
« Souviens-toi de moi. »
Il dit :
« Même si tu m’oublies,
je ne t’oublierai pas. »
Et peut-être qu’un jour
sa mémoire aura tout emporté.
Mon visage.
Mon prénom.
Notre histoire.
Mais il restera peut-être
quelque chose qu’elle ne pourra jamais perdre :
la sensation d’être aimée.
Alors oui…
Je sais que c’est ma mère.
Même quand elle ne sait plus
que je suis son enfant.
Parce que parfois,
la mémoire oublie les visages…
mais le cœur, lui,
garde encore la trace
de ceux qu’il a aimés.