RE-LIRE GEORGES PEREC
Dominique de Villepin
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RE-LIRE GEORGES PEREC
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Dominique de Villepin
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Re-Lire "La Disparition" de Georges Perec.
Je veux vous parler d’un roman qui ressemble à une énigme et qui, pourtant, touche à quelque chose de très réel, de très humain : l’absence.
La Disparition de Georges Perec dépasse le simple exploit littéraire. On la présente souvent comme une prouesse, alors qu’elle est peut-être surtout une blessure ouverte, une béance qui perce la langue même.
En écrivant tout un roman sans la lettre « e », la plus fréquente du français, Perec s’impose une langue amputée comme on vit avec une mémoire amputée. Il retire une lettre comme on retire une part du monde, et tout résonne alors autrement.
Né en 1936, orphelin d’une histoire brisée, son père mort pendant la guerre, sa mère déportée à Auschwitz et jamais revenue, Perec grandit avec une absence fondamentale. Dans son écriture, il laisse ce manque infuser, imprégner, travailler la matière même du langage.
Trois leçons traversent ce roman d’enquête où les hommes et les noms s’effacent.
La première rappelle que le manque devient moteur, que la contrainte libère et oblige à créer, changeant une langue mutilée en langue inventive, surprenante, nerveuse.
La deuxième, plus politique, nous avertit. Dans notre monde de disparitions rapides, d’attentions avalées par le flux, de mémoires courtes, l’effacement normalisé fragilise notre humanité et notre conscience commune.
La troisième, plus intime, montre qu’on peut perdre et pourtant tenir debout. Sans guérir le manque, Perec lui donne forme et transforme le trou en architecture.
Voilà son tour de force. On peut faire une œuvre avec ce qui manque, et faire mémoire, c’est refuser que l’absence devienne l’oubli.
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