Le Confessionnal EP25 - Elle a subi les pires travers du monde de l'édition, avec Mathilde Levasseur
Le Confessionnal de Vade Retro
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Le Confessionnal EP25 - Elle a subi les pires travers du monde de l'édition, avec Mathilde Levasseur
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Arnaques et manipulation dans le monde de l'édition : comment les reconnaître et s'en sortir
Il y a des épisodes qu'on enregistre et dont on sait, avant même de couper, qu'ils vont aider du monde. Celui-là en fait partie.
Mathilde Levasseur est autrice du roman Storm, fondatrice de la maison d'édition l'Oiseau Tempête, et elle a vécu de l'intérieur l'une des arnaques les plus répandues dans le monde du livre indépendant. Elle a accepté d'en parler sans filtre dans le Confessionnal, et je l'en remercie.
Son histoire commence comme beaucoup. Des années à écrire, une formation en scénario, un roman qui prend forme pendant le confinement, des bêtalecteurs qui valident, un passage par Edith & Nous qui permet d'affiner le texte, des soumissions aux maisons d'édition traditionnelles, des refus. Et puis, une maison qui débarque avec un appel à manuscrits.
Premier red flag, qu'elle identifie elle-même a posteriori : une vraie maison d'édition ne cherche pas de manuscrits. Elle en reçoit des dizaines chaque jour. Quand une structure fait un appel à texte, c'est qu'elle a besoin de remplir un catalogue, pas de défendre des œuvres.
Mais quand on a mis des années à écrire un roman, quand on rêve de légitimité, quand quelqu'un vous appelle pour vous dire que votre texte a été lu par un comité de dix personnes et qu'ils sont unanimes, on ne voit plus les signaux. On voit le rêve qui se réalise. Et c'est exactement là-dessus que ces structures jouent. Elles appuient sur la douleur numéro un des auteurs : le manque de légitimité. Elles vous offrent ce que vous attendez depuis des mois, et vous signez presque sans regarder.
Mathilde a signé. Le contrat était présenté comme un contrat à compte d'éditeur. Ce que ça veut dire : l'auteur ne verse rien, la maison prend en charge les frais et la promotion. Sauf que dans les faits, aucune promotion n'a eu lieu. Pas de poste à la sortie du livre, pas de salon organisé, pas de service presse. Juste un fichier Excel avec les salons de sa région et un message sous-entendu : débrouille-toi. Elle s'est retrouvée à organiser elle-même toute sa communication, à démarcher les bookstagrammeuses, à préparer ses propres stands, à financer ses goodies via la boîte de son conjoint. Et à toucher 8 % sur des ventes dont elle ne voyait d'ailleurs jamais la couleur.
Ce qui l'a fait partir, c'est le refus d'un directeur de librairie de l'accueillir en dédicace parce que sa maison n'avançait pas de stock. Elle devait racheter ses propres livres pour aller les vendre.
La sortie s'est faite via une avocate, un courrier bien construit, et la Ligue des auteurs professionnels, dont elle recommande chaudement l'adhésion à 15 euros par an. Les contrats de ces structures sont souvent caduques par nature, parce qu'ils violent le droit éditorial français. Un contrat à compte d'éditeur, dans le droit français, ne peut pas demander à l'auteur de débourser un centime ni d'être responsable de sa propre promotion. Si ces clauses existent, le contrat est attaquable. Trois semaines après le courrier, elle récupérait sa propriété intellectuelle.
Depuis, Storm a une vraie deuxième vie. Mathilde a transformé une SAS dormante en maison d'édition, l'Oiseau Tempête. Elle a tout repris de zéro, les maquettes sur InDesign, la correction des coquilles, le design graphique avec son conjoint, le partenariat avec Meilleur Impression pour des collectors avec dorure à chaud. Elle va lancer une campagne Ulule pour un oracle Storm illustré par une artiste bordelaise. Et en salon, le roman se vend.
L'épisode aborde aussi le harcèlement en ligne, sujet qu'elle a vécu récemment quand des comptes anti-IA sont venus accuser ses illustrations d'être générées par intelligence artificielle, sans preuve, sans même un bonjour. Son conseil est simple : bloquez, screenez tout, et si ça dépasse le simple commentaire pour toucher à votre réputation professionnelle, c'est de la diffamation et ça se poursuit en justice. La plateforme Pharos existe pour le cyberharcèlement pur. Pour la diffamation, c'est un dossier à déposer au parquet. Ne restez pas seuls et ne vous justifiez pas à l'infini auprès de gens qui ont décidé de ne pas vous croire.
Ce que je retiens de cet épisode, c'est que se faire avoir ne signifie pas que votre carrière est terminée. Votre texte n'est pas mort parce qu'une mauvaise structure l'a mal traité. Vous pouvez le récupérer, le remettre entre de bonnes mains, les vôtres, et lui donner la vie qu'il méritait depuis le début.
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