Comment c'était de vivre à Marseille dans les années 70?
France Racontée
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Il y a quelque chose dans le Marseille des années 70 qui ne vous quitte jamais. Le cri des mouettes au-dessus du Vieux-Port à six heures du matin. L'odeur du poisson frais mêlée au sel de la mer. Et là-haut sur la colline, Notre-Dame de la Garde qui veillait sur tout.
C'était une époque où un pastis au comptoir coûtait environ 1 franc. Une baguette coûtait 90 centimes. Un kilo de sardines au Vieux-Port se négociait pour quelques francs. Le SMIC était de 1 308 francs par mois.
Le Panier était encore un village à l'intérieur de la ville. Des familles corses, italiennes, arméniennes et grecques vivaient côte à côte. Personne ne fermait sa porte à clé. Le soir, on sortait sa chaise dans la rue et on parlait avec les voisins. Le rémouleur, le marchand de glace et le marchand de brousse du Rove passaient en criant leur commerce.
La Canebière était la colonne vertébrale de Marseille. Le Marché des Capucins, le seul marché de France qui restait ouvert l'après-midi. Le samedi, les mères prenaient le tramway et venaient faire les courses pour toute la semaine.
Belsunce devenait le centre de l'immigration. Les Tours Labourdette en béton. Les Quartiers Nord avec leurs tours HLM construites pour les rapatriés d'Algérie. L'Estaque, le village de pêcheurs où Cézanne avait peint. La Corniche Kennedy au coucher du soleil avec les DS qui glissaient le long de la mer.
Le port était le cœur de Marseille. Les dockers sortaient couverts de sel et de graisse. Le syndicat CGT était puissant. Les savonneries fabriquaient le Savon de Marseille. Les raffineries de l'Étang de Berre employaient des milliers d'ouvriers. Le choc pétrolier de 1973 a tout frappé.
Le football à Marseille n'était pas un sport. C'était une religion. Marcel Leclerc a fait venir Josip Skoblar de Yougoslavie et Roger Magnusson de Suède. En 1970-71, Skoblar a marqué 44 buts — un record français qui n'a jamais été battu. Le Soulier d'Or européen. L'Aigle Dalmate. En 1971, l'OM est devenu champion de France. Des milliers de personnes ont envahi la Canebière. En 1972, le doublé. Puis Leclerc a démissionné. Les Brésiliens Jairzinho et Paulo Cezar sont arrivés en 1975 mais n'ont pas pu sauver l'équipe. En 1980, l'OM est descendu en deuxième division. Saint-Étienne était le grand rival. Pas Paris.
Le pastis était le cœur de la vie sociale. Un jaune ou un pastaga au zinc. La pétanque le soir. La belote autour de la table. La sardinade entre voisins. Le Bar de la Marine sur le Vieux-Port, le bar du Marius de Pagnol.
La bouillabaisse n'était pas une soupe de poisson. C'était un rituel sacré. Rascasse, Saint-Pierre, congre, lotte, rouille et croûtons. Chaque famille croyait que sa recette était la meilleure. La panisse, les navettes du Four des Navettes depuis 1781, et la pizza — car Marseille était la capitale de la pizza en France bien avant Paris.
Mais Marseille cachait un côté sombre. Des années 30 au début des années 70, la ville a été le centre mondial du trafic d'héroïne. La French Connection. 40 tonnes d'héroïne par an. 90% de l'offre mondiale. Les frères Guérini. Le film de Gene Hackman en 1971. Le démantèlement en 1972. Gaston Defferre, maire pendant 33 ans, héros de la Résistance mais aux liens troubles avec le milieu. Les Quartiers Nord qui devenaient des prisons de béton.
Le Marseille des années 70 n'était pas poli. C'était brut, bruyant, chaotique et passionné. L'accent était épais. Les histoires étaient exagérées. Le pastis était fort. Les disputes étaient violentes et oubliées dès la tournée suivante. Chaque coin de rue avait une histoire. Et chaque histoire se racontait avec les mains autant qu'avec la bouche.
Ce n'était pas parfait, mais c'était chez nous. C'était Marseille.