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LE LAC QUI PEUT TUER 2 000 000 DE PERSONNES — et personne ne sait quand

Dossiers de la Terre

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LE LAC QUI PEUT TUER 2 000 000 DE PERSONNES — et personne ne sait quand

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Dossiers de la Terre
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En 1986, le lac Nyos, au Cameroun, a tué environ 1 700 personnes en une seule nuit. Les maisons sont restées intactes, la vaisselle était encore sur les tables et le bétail gisait dans les champs. Les secouristes arrivés quelques jours plus tard ont résumé leur impression principale en un mot : le silence. La cause était le dioxyde de carbone. Accumulé pendant des années dans les profondeurs du lac, il s’est échappé en quelques heures avant de dévaler les vallées, car il est plus lourd que l’air. Le lac Kivu, à la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, fonctionne exactement de la même manière. Mais il renferme environ 300 kilomètres cubes de gaz, auxquels s’ajoutent 60 kilomètres cubes de méthane. Plus de deux millions de personnes vivent sur ses rives : à Goma, à Bukavu et dans des centaines de villages de pêcheurs établis au bord de l’eau. Le gaz ne s’échappe pas pour une seule raison. La couche profonde du lac est salée, chaude et lourde. Elle ne se mélange plus aux eaux de surface depuis plusieurs siècles, tandis que la pression de la colonne d’eau maintient le gaz dissous. L’équilibre ne tient pas au fait que la quantité de gaz serait faible, mais au fait que rien ne fait remonter les eaux profondes. À 15 kilomètres de la rive se dresse le Nyiragongo, l’un des volcans les plus actifs d’Afrique. Sa lave a atteint Goma en 2002, puis de nouveau en 2021. Les sédiments du fond montrent que le lac s’est déjà retourné, environ une fois tous les mille ans. La dernière trace d’un tel événement remonte à un millénaire. Au milieu du lac, une plateforme pompe les eaux profondes, en extrait le méthane et le transforme en électricité pour le Rwanda. C’est le seul cas de l’histoire où un pays désamorce sa propre bombe tout en gagnant de l’argent. Le dioxyde de carbone, cinq fois plus abondant, n’est pas retiré : il est réinjecté dans le lac. Comment le lac retient-il le gaz ? Qu’est-ce qui pourrait rompre l’équilibre ? Et que se passerait-il pendant les vingt premières minutes si le gaz finissait par s’échapper ? 📚 Sources : G. Kling et al., Science, 1987 — catastrophe du lac Nyos en 1986 G. Kling, M. Halbwachs et al., PNAS, 2005 — dégazage des lacs Nyos et Monoun par conduites K. Tietze, 1978 — première mesure détaillée des gaz dissous dans le lac Kivu M. Schmid, M. Halbwachs, B. Wehrli, A. Wüest, G3, 2005 — faible brassage du Kivu et risque croissant de libération incontrôlée K. Haberyan, R. Hecky, 1987 — sédiments des lacs Kivu et Tanganyika et traces d’anciens retournements A. Wüest et al., 2009 — calcul de la profondeur sûre de réinjection de l’eau lors de l’extraction du méthane Global Volcanism Program, Smithsonian Institution — chronologie des éruptions du Nyiragongo de 1977, 2002 et 2021 Abonne-toi si tu veux découvrir ce que notre planète cache réellement. #LacKivu #Volcans #Géologie