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Alo Afrik | L'absence d'Haïti à la table des réparations

kesler Bien-Aimé, Ph D.

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Alo Afrik | L'absence d'Haïti à la table des réparations

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De Durban à l'ONU, de l'ONU à Accra, et de l'absence d'Haïti à la table des réparations . L'absence d'Haïti à la conférence « Next Steps » (Accra, juin 2026) · Profil scientifique de l'invitée: Dre Judite Blanc : Fondatrice du premier Festival international de psychologie africaine dans l’espace caribéen Francophone, professeure agrégée et chercheuse en traumatisme générationnel et réparations sanitaires, University of Miami, USA. Le 25 mars 2026, l'Assemblée générale des Nations unies (ONU) a adopté, à une écrasante majorité de 123 voix, une résolution portée par le Ghana qualifiant la traite transatlantique et l'esclavage racialisé des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». Un texte qui va plus loin que la Déclaration de Durban de 2001, laquelle affirmait que la traite négrière aurait dû être reconnue comme un crime contre l'humanité. Vingt-cinq ans plus tard, l'ONU affirme qu'elle en est un. Ce basculement sémantique n'a rien d'anodin ; il ouvre juridiquement et moralement la voie à la question des réparations. Trois mois plus tard, du 17 au 19 juin 2026, le président ghanéen John Dramani Mahama de l'Union africaine pour les réparations, réunissait à Accra plus de quatre-vingts États : africains, caribéens, et jusqu'au président français Emmanuel Macron pour la conférence « Next Steps », destinée à transformer cette reconnaissance symbolique en cadre d'action concret. Quand plus d’un qualifie ce moment d'historique, comment expliquer l’absence d’Haïti, première république noire indépendante, née d'une révolution de personnes esclavagisées à Saint-Domingue et longtemps rançonnée pour son indépendance même, n'était pas à la table ? Pour certains observateurs, cette absence, en dit long sur l'état de l'appareil diplomatique haïtien et sur sa capacité à faire valoir ses propres intérêts historiques dans ce moment charnière. Déroulé de la conversation La résolution de l'ONU (A/RES/80/250, 25 mars 2026) Q1. De Durban 2001 à aujourd’hui, comment situez-vous cette résolution dans l'histoire longue des tentatives de qualification juridique de la traite négrière ? Q2. Le texte est non contraignant, adopté par 123 voix, avec 3 votes contre et 52 abstentions, dont l'ensemble de l'Union européenne, que dit ce rapport de force sur l'état réel du consensus international ? Q3. Passer du conditionnel « aurait dû être un crime » à l'indicatif « est le crime le plus grave », est-ce un basculement seulement rhétorique, ou cela ouvre-t-il une brèche juridique réelle vers des réparations exigibles ? Q4. En 1833, le Parlement britannique a voté l'abolition de l'esclavage tout en allouant 20 millions de livres sterling pour indemniser les maîtres planteurs. En 2014-2015, le Royaume-Uni a évoqué sa dette liée à l'indemnisation des anciens maîtres de personnes esclavagisées, qui a effectivement payé cette dette ? Sur cette question précise, en quoi la position revendicative de l’État d’Haïti entre 2002-2004 alimente-t-elle le débat public à la fois dans les anciennes puissances coloniales que dans les sociétés postcoloniales? 2. L'absence d'Haïti à la conférence « Next Steps » (Accra, juin 2026 Q5. Haïti est le seul État né directement d'une révolution de personnes esclavagisées, et le seul à avoir payé directement une « dette de l'indépendance » à son ancien colonisateur. Comment expliquez-vous que ce pays n'ait pas été présent à cette conférence ? Q6. S'agit-il d'une défaillance diplomatique conjoncturelle liée à la crise institutionnelle et sécuritaire que traverse Haïti ou d'un désengagement plus structurel de l'État haïtien vis-à-vis de ce dossier ? Q7. Cette absence a-t-elle un coût politique et symbolique pour le mouvement mondial des réparations, qui articule justement le front africain et le front caribéen via la CARICOM ? Q8. Peut-on parler d'une forme de [dé]possession du récit haïtien de sa propre histoire, si d'autres États caribéens ou africains portent ce combat à sa place ? Q9. En quoi Durban a-t-il constitué un moment fondateur voire un rendez-vous manqué pour la question des réparations ? Q10. Les États-Unis et Israël avaient quitté la conférence en 2001. Vingt-cinq ans après, ces mêmes pays votent contre ou s'abstiennent sur la résolution de l'ONU. Y a-t-il une continuité ou une évolution des lignes de fractures géopolitiques et diplomatiques ? Q11. Comment expliquez-vous qu'il ait fallu près d'un quart de siècle pour passer du langage prudent de Durban à l'affirmation sans détour de mars 2026 ? Question de clôture / prospective. Pensons à un possible bilan, dans dix ans, les Accra « Next Steps Commitments » seront-ils devenus un cadre juridique effectif, ou un nouveau texte symbolique de plus dans la longue histoire des promesses non tenues sur les réparations ?