Manicke de John recadre maître Dorothée Madiya na Fally Ipupa pona Virginie Manganga
ROYAUME DES GOLOIS
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Manicke de John recadre maître Dorothée Madiya na Fally Ipupa pona Virginie Manganga
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QUAND ME DOROTHÉE MADIYA DÉFEND FALLY IPUPA ET MASSACRE MAURICE GREVISSE!
L’artiste nouvellement Chevalier n’a finalement pas été le seul à avoir besoin d’une défense : la langue française elle-même semblait chercher un avocat
Il existe des conférences de presse où l’avocat réussit à déplacer le débat en faveur de son client. Il en existe d’autres où sa prestation finit presque par concurrencer l’affaire qu’il était venu expliquer. Dans le cas de Me Dorothée Madiya venue présenter et défendre la position de son client Fally Ipupa en rapport avec l’arrestation de la journaliste Virginie Manganga, l’artiste nouvellement Chevalier n’a finalement pas été le seul à avoir besoin d’une défense : la langue française elle-même semblait chercher un avocat. À mesure que les conjugaisons chancelaient, que le subjonctif disparaissait et que les accords se dérobaient, on pouvait presque imaginer Maurice Grevisse surgir dans la salle, Le Bon Usage sous le bras, pour demander à se constituer partie civile.
Me Dorothée Madiya n’est ni une débutante ni une jeune stagiaire intimidée par les caméras
Le contraste est d’autant plus saisissant que Me Dorothée Madiya n’est ni une débutante ni une jeune stagiaire intimidée par les caméras. Elle compte plus de vingt ans de métier comme avocate. Elle est licenciée en droit, option droit économique et social, de l’Université de Kinshasa, détentrice d’un DESS en droit des affaires de l’Université Paris-Panthéon-Assas, avocate au Barreau de Kinshasa/Gombe et mandataire en mines et carrières en République démocratique du Congo. À cette carrière juridique s’ajoutent environ 30 mois dans les fonctions de députée nationale. Voilà donc une professionnelle dont presque toutes les activités ont un instrument commun : la langue. L’avocate argumente, plaide et rédige; la députée débat et interpelle; la juriste interprète; la mandataire négocie. Après plus de vingt ans de barreau et un passage par le Parlement, on pouvait raisonnablement penser que le subjonctif et les conjugaisons élémentaires avaient définitivement obtenu leur permis de séjour dans son discours.
« C’est moi qui l’a sorti de Makala. » Non, Maître : « C’est moi qui l’ai sorti de Makala. » Dans une construction comme c’est moi qui…, le verbe s’accorde selon la personne représentée par l’antécédent de qui.
Et pourtant surgit devant les micros cette formule : « C’est moi qui l’a sorti de Makala. » Non, Maître : « C’est moi qui l’ai sorti de Makala. » Dans une construction comme c’est moi qui…, le verbe s’accorde selon la personne représentée par l’antécédent de qui. On dit donc c’est moi qui ai, comme on dit c’est toi qui as. Même verdict pour « C’est moi qui a fait ça », qui devient « C’est moi qui ai fait ça ». Voilà deux petites lettres, ai, capables de rappeler que vingt années de barreau, aussi respectables soient-elles, ne peuvent modifier une conjugaison.
Puis vient le fameux « Si j’aurais su ». Dans l’hypothèse passée concernée, il faut dire « Si j’avais su, j’aurais… ». Le conditionnel s’est ici installé dans le fauteuil du plus-que-parfait sans y avoir été élu. Puisque X a exercé environ 33 mois comme députée nationale, empruntons le langage parlementaire : dans cette construction, « j’avais su » détient le mandat; « j’aurais » doit attendre la proposition principale. La grammaire, contrairement à certaines assemblées politiques, vérifie immédiatement les pouvoirs de ses élus.
« Il faut que je vais », « Je veux qu’il vient » et « Il faut que tu fais attention ». Le subjonctif, expulsé trois fois de ses fonctions, est fondé à réclamer sa réintégration
Le dossier devient encore plus animé avec « Il faut que je vais », « Je veux qu’il vient » et « Il faut que tu fais attention ». Le subjonctif, expulsé trois fois de ses fonctions, est fondé à réclamer sa réintégration. On dit « Il faut que j’aille », « Je veux qu’il vienne » et « Il faut que tu fasses attention ». Cette dernière phrase pourrait d’ailleurs servir de conseil amical de Grevisse à l’oratrice : Maître, il faut que vous fassiez attention !
La formulation « Vous faisez une erreur » atteint, quant à elle, une perfection involontairement comique, puisque la phrase fournit elle-même son commentaire. On dit : « Vous faites une erreur. » Le verbe faire ne reconnaît aucune immunité parlementaire : député, ministre, avocat, professeur ou citoyen, devant vous, tout le monde fait et personne ne faisez. Même mésaventure avec « Ils croissez que c’est vrai ». Il faut dire « Ils croient que c’est vrai ». Croissez appartient au verbe croître à la deuxième personne du pluriel; croire donne ils croient. Dans cette phrase, le verbe semble donc avoir changé à la fois d’identité et de personne en pleine audience.