Sept ans avant de viser l'équilibre : les chiffres de SafeHear - Antoine Kuhnast
Jean-Alexandre Bousquet - DSAP
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Sept ans avant de viser l'équilibre : les chiffres de SafeHear - Antoine Kuhnast
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Été 2018, un festival à Toulouse qui n'a pas encore ouvert. Le meilleur pote d'Antoine, musicien, se baisse pour ramasser sa bouteille d'eau à côté d'une enceinte de retour de scène ; au même moment, l'ingé son lance un test à pleine puissance. Tympan perforé, grosse perte auditive sur cette oreille.
Depuis des mois, Antoine Kunast s'étonnait de l'écart entre les protections auditives disponibles gratuitement en concert et les écouteurs à réduction de bruit qu'il utilisait au quotidien. Ce jour-là, l'idée cesse d'être une idée parmi tant d'autres : il la présente à un incubateur étudiant, pendant son école d'ingénieur en électronique et informatique.
Septième année aujourd'hui. SafeHear vend à des usines des sortes d'écouteurs pour ne plus avoir à choisir entre rester protégé et communiquer. Dix personnes. Et un chemin beaucoup moins droit que le pitch : quatre ans de développement sans chiffre d'affaires, deux levées de fonds, une troisième qui n'a jamais eu lieu, une équipe passée de 20 personnes à 10, même à 5, avant de remonter à 10. Deux ou trois fois, ils ont pensé que c'était fini : plus de cash, impossible de payer les gens. Ils repartent alors sur une projection beaucoup plus conservatrice, renégocient avec la banque et demandent aux actionnaires de remettre un peu d'argent, avec un engagement presque moral d'atteindre la cible. Pour la première fois, l'objectif est atteint. Pour 2026, l'objectif affiché est de 600 000 euros de chiffre d'affaires, contre à peu près 200 000 cette année — soit, dit-il, juste ce qu'il leur faut pour être à l'équilibre. Pas de quoi devenir riche.
Il a 27 ans, vit à Hong Kong, fait ses matinées avec l'Asie et ses après-midi avec l'équipe française, parfois jusqu'à 23 heures.
Dans cet épisode, il raconte aussi :
• La crise d'angoisse à une station de train puis dans un centre commercial, après une période sans assez de sommeil ni de sport, et la trentaine de minutes de cohérence cardiaque pour redescendre.
• Pourquoi il ne croit plus vraiment au made in France pour son produit : des fonds censés financer la création d'usines qui refusent son plan parce que l'usine arrive trop tard, un appel d'offres EDF noté à 80 % sur le prix.
• Ce qu'il voit dans les usines chinoises qu'il visite toutes les semaines, loin des reportages qu'il regardait en France — sans nier qu'il vit dans une dictature.
• Sa manière de s'entourer : des messages LinkedIn envoyés à froid, des board meetings thématiques pour ceux qui rejoignent le capital, un accompagnement personnel différent chaque année.
• Sa frontière entre startup et PME : faire exploser le chiffre d'affaires même en perdant de l'argent, ou viser la rentabilité avec un chiffre d'affaires plus petit mais plus qualitatif.
Sa plus grande peur de patron, en deux mots : que tout s'arrête.
Confidences de patrons, ce sont des dirigeants qui racontent leur métier sans filtre.
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