Pourquoi André Citroën a-t-il tout perdu ?
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Pourquoi André Citroën a-t-il tout perdu ?
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En 1925, son nom brûle sur la tour Eiffel en lettres de trente mètres, visible à quarante kilomètres à la ronde. C'est la plus grande publicité lumineuse du monde. Dix ans plus tard, le même homme meurt ruiné, dépossédé de sa propre entreprise, quelques mois avant que la voiture qu'il a créée ne devienne une légende.
André Citroën n'a presque rien inventé. Il a fait mieux : il a voulu mettre la France au volant. Et il y a laissé sa fortune, son empire et sa vie.
Né à Paris en 1878, fils d'un diamantaire juif venu des Pays-Bas, il perd son père à cinq ans, regarde s'élever la tour Eiffel à onze, entre à Polytechnique à vingt. D'un voyage en Pologne il rapporte le brevet d'un engrenage à chevrons qui ne lui rapportera jamais rien, sauf son emblème. Puis vient la guerre. En 1915, il convainc l'État de lui laisser bâtir sur les terres maraîchères du quai de Javel une usine dédiée à un seul obus, le shrapnel de 75. Six mille femmes, les munitionnettes, y feront tourner les machines onze heures par jour, sept jours sur sept, pour livrer des millions de projectiles.
La paix venue, il fait le pari le plus risqué de sa vie : transformer son usine d'obus en usine de voitures. Ce sera la Type A de 1919, première automobile européenne construite en grande série. Mais Citroën ne vend pas que des voitures, il vend du rêve : les autochenilles Kégresse dans le Sahara, la Croisière noire jusqu'à Madagascar, la Croisière jaune de Beyrouth à Pékin, la Petite Rosalie qui tourne cent trente-quatre jours à Montlhéry, et son nom écrit en feu sur la Dame de fer.
La démesure finit par se retourner contre lui. En 1934, il présente la Traction Avant, monocoque tout acier, roues avant motrices, freins hydrauliques, une voiture en avance d'une génération. Elle arrive trop tard et coûte trop cher. Le 21 décembre 1934, c'est la liquidation judiciaire. Michelin, son principal créancier, prend le contrôle de la maison. André Citroën meurt le 3 juillet 1935, à cinquante-sept ans, sans avoir vu sa dernière folie devenir l'une des voitures les plus aimées du siècle.
Sa marque, elle, va le venger. La 2CV en 1948, la DS en 1955, l'hydropneumatique, le design qui défie son temps. Puis la SM et Maserati, le moteur Wankel, un nouveau bord du gouffre en 1974, Peugeot, PSA, et aujourd'hui Stellantis. Un siècle d'audace et de démesure, de la tour Eiffel illuminée à la ë-C3 électrique.
Voici l'histoire d'un génie foudroyé, et de la philosophie qu'il a laissée au double chevron : oser, simplifier, démocratiser.
CHAPITRES
00:00 le nom qui brûlait dans le ciel de Paris
00:41 acte 1 : le chevron, de Paris à la Pologne
02:11 acte 2 : l'homme des obus et les munitionnettes de Javel
03:35 acte 3 : le roi de Javel, la Type A, les croisières, la tour Eiffel
05:31 acte 4 : le pari de trop, la Traction Avant et la faillite
07:51 acte 5 : l'héritage trahi et sublimé, la 2CV et la DS
09:20 acte 6 : la démesure, Maserati, la SM et les conglomérats
11:23 conclusion : oser, simplifier, démocratiser
SOURCES
L'Aventure Peugeot Citroën DS, archives de la marque : https://laventure-association.com
INA, la tour Eiffel comme panneau publicitaire de 1925 à 1934 : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/t...
Gallica, BnF, photographies de Javel et presse d'époque : https://gallica.bnf.fr
RetroNews, BnF, presse 1915-1935 : https://www.retronews.fr
Société historique et archéologique du 15e arrondissement : https://www.paris15histoire.com/citro...
Valgirardin, les usines Citroën à Javel : https://valgirardin.fr/culture/histoi...
L'Argus, centenaire de l'illumination de la tour Eiffel : https://www.largus.fr/actualite-autom...
John Reynolds, André Citroën : the man and the motor cars, 1996
Joël Broustail, Citroën et le citroënisme, Au Pont 9, 2020
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