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Bruno Andreotti, Professeur à l'Université Paris Cité et chercheur au LPENS

Centre d'Alembert - Université Paris-Saclay

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Bruno Andreotti, Professeur à l'Université Paris Cité et chercheur au LPENS

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Session 4 : Organiser autrement le monde académique et ses libertés? ◇ Bruno Andreotti, Professeur à l'Université Paris Cité et chercheur au LPENS Titre de l’intervention : "Réinstituer la liberté académique" Résumé : Les études sur la liberté académique (au singulier) sont longtemps restées confidentielles, du fait du lourd héritage napoléonien, qui a tenu l’Université française éloignée du modèle humboldtien auquel ce concept libéral se rattache. De fait, l’akademische Freiheit devenue academic freedom en anglais dépasse largement le cadre des franchises universitaires, associées, en France, à la cessatio de 1229 et 1231. L’histoire du concept est tortueuse et transnationale, et son étude devient rapidement un exercice spécialisé — tout comme la réduction du concept à sa transcription dans le droit. La liberté académique n’est autre que la condition de possibilité du métier d’universitaire. C'est une liberté collective, de nature professionnelle, qui est accordée aux personnes que sont les universitaires, exclusivement en raison de leur appartenance à l’Université en tant que communauté. La liberté académique est intrinsèquement liée aux missions de l’Université : la production, la critique, la conservation et la transmission des savoirs, dans un cadre régulé et normé. La liberté académique s’organise autour d’un ensemble de normes éthiques et intellectuelles, de procédures et de pratiques spécifiques à l’Université ; au premier rang de ces pratiques, on retrouve la poursuite de la vérité et l’exigence de probation, par l’argumentation empirique et par la disputatio. La liberté académique peut se concevoir comme une protection de l’Université contre toute intrusion de pouvoir — politique, religieux ou économique — qui la menace de l’extérieur ; cette liberté, dite négative, est l’absence d’obstacles, de barrières, de contraintes à l’exercice du métier d’universitaire. Mais il existe une seconde composante de la liberté académique, dite positive, qui repose sur l’idée que le libre exercice d’une activité sociale est également porteur d’une finalité collective. La liberté académique s’ancre dans la praxis académique, et, comme liberté positive, relie la responsabilité devant l’intérêt général humain au principe d'autonomie. Cela suppose alors la possibilité EFFECTIVE d'exercer le métier d’universitaire, une dimension occultée par la plupart des commentateurs du concept. La liberté académique, en tant que liberté positive, est la condition de réalisation du principe d’autonomie et repose ainsi sur la capacité d’auto-institution du monde académique i.e. de l’Université, qui se dote de ses propres règles, de ses propres normes, de ses propres standards, de ses propres procédures. Elle suppose la collégialité, comme principe d’auto-gouvernement, d’auto-organisation et d’auto-limitation collective. La liberté académique suppose donc l’existence d’un espace de délibération, de critique et de réflexion interne à l’Université. Je défendrai l'idée selon laquelle la liberté académique ne doit pas faire l'objet de débats spécialisés mais être réinstituée sans cesse par la communauté académique. J'évoquerai les problèmes auxquels l'Université et la recherche scientifique doivent faire face et les problèmes de la société auxquels elle doivent répondre, avant de développer quelques pistes pour fonder une réinstitution. Biographie : Bruno Andreotti est professeur de physique à l’Université Paris Cité et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France (IUF). Expert reconnu en physique non linéaire et en matière molle, il allie une pratique de la recherche fondamentale à un engagement actif pour la défense de l'autonomie de l'Université et des sciences vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux. Il coorganise le séminaire Politique des sciences à l’EHESS, un espace de réflexion critique sur l'interface entre les sphères savantes et politiques. Il a été vice-président et membre fondateur de l’Association pour la Liberté Académique. Ses travaux comportent des contributions aux débats épistémologiques et éthiques contemporains. Parmi ses publications récentes : • « Contre l’imposture et le pseudo-rationalisme. Renouer avec l’éthique de la disputatio et le savoir comme horizon commun » (avec C. Noûs, Zilsel, 2020), où il défend une conception ouverte et contradictoire du savoir. • « Contre l’expertise. Retour sur un savoir inaudible » (avec C. Noûs, Zilsel, 2023), une réflexion sur les limites de l’expertise et la nécessité de réhabiliter des formes de savoir collectives et critiques. ◇ Session animée par : Pierre Nicolas, chercheur, unité MaIAGE, INRAE et Julien Gargani, directeur du Centre d’Alembert