Le bien pour horizon
Esprit de liberté
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Le bien pour horizon
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Esprit de liberté
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Prédication de James Woody au temple d'Auteuil (Paris) dimanche 11 octobre 2026
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Chers frères et sœurs, la vie spirituelle est la manière de vivre notre quotidien devant Dieu. Nous avons, chacun, des manières de faire spécifiques. Ici, le texte biblique commence par évoquer la relation de proximité avec Dieu qui se réalise par l’intermédiaire de sacrifices sanglants et de grandes libations d’huile. Cette pratique du sacrifice est détaillée dans le livre du Lévitique qui décrit avec précision les différents rituels possibles.
Pas de ritualisme pour assurer une vie bonne
C’est justement ce ritualisme qui est critiqué par le prophète Michée. Le prophète déclare que la pratique rituelle ne donne pas automatiquement accès à une vie bonne. Nous le savons par ailleurs avec Job qui accomplissait tous les rituels possibles pour lui et pour sa famille de manière à ce que rien de fâcheux ne leur arrive. Cela n’empêchera pas tous les malheurs du monde de s’abattre sur cette famille. Mais, avec le prophète Michée, la critique est plus acérée, car il ne s’agit pas de se garantir contre le malheur, il s’agit d’être face à Dieu, d’être dans les bonnes grâces de Dieu, pour employer une expression populaire. En d’autres termes, comment orienter sa vie personnelle dans la perspective de Dieu. Comment mener une vie bonne selon les critères de théologiques ?
Michée déclare que les rituels ne permettent pas cela. Il ne suffit pas d’avoir accompli les prescriptions rituelles pour être en phase avec Dieu. On ne peut pas passer son temps à faire le mal le matin et à prétendre se faire absoudre l’après-midi en suivant les recettes religieuses à la lettre. Ce serait une perversion de la grâce de Dieu qui deviendrait alors une sorte d’agent aseptique qui supprime nos fautes en un coup d’éponge. Ce que conteste Michée, c’est qu’il suffirait de faire quelques simagrées en accomplissant ce qui est écrit dans le livre du Lévitique pour avoir la conscience tranquille. Celui qui agirait ainsi, aurait de la vie une vision mécaniste, une vision qui considère qu’il suffit de suivre une recette sacrée pour être certain d’accomplir le bien.
Nous pouvons donner une focale plus large à cette critique de la pratique du bien qui est formulée dans le domaine religieux. Pour cela, la réflexion de la philosophe irlandaise Iris Murdoch est précieuse. Dans ses enseignements et ses romans, la question du Bien est abordée de front, d’une manière analogue à celle du prophète Michée. L’intérêt de la pensée d’Iris Murdoch, est qu’elle replace l’intuition du prophète dans le cadre de la vie quotidienne d’une manière qui nous est peut-être plus familière que selon l’usage du prophète qui parle de rituels archaïques. Pour Iris Murdoch, Dieu n’est pas loin. En effet, quand elle parle du Bien, c’est de Good qu’elle parle. Et Good, n’est pas très loin de God[1], Dieu en anglais. Elle va, en quelque sorte, vouer un culte à Good. Good qu’elle pense, qu’elle prie… Good devient le souverain Bien… ineffable, inaccessible, qui provoque la fascination de l’humain et qui, de ce fait, l’inspire, à la manière du sentiment religieux.
Et que dit Murdoch au sujet du bien, c’est que nous ne pouvons pas en avoir une vision – comme il n’est pas possible de voir Dieu. Ou, pour reprendre ses propres termes : « il est logiquement impossible d’adopter une attitude de contemplation désintéressée à l’égard du bien »[2]. Quand on essaie de voir le bien, ce n’est pas le bien que l’on voit, c’est soi et l’idée qu’on se fait du bien. Le bien qu’on voit, c’est le bien qui nous arrange.
Pris ensemble, Michée et Murdoch nous rendent attentifs au piège que constitue une morale de principe, c’est-à-dire une morale qui prétend déterminer le bien d’une manière valide pour tous les temps, tous les lieux, toutes les personnes. Et elle fait d’ailleurs un lien avec le rituel religieux en disant que le rituel nécessite un consentement intérieur. Si nous pratiquons un rituel sans y penser, sans nous impliquer personnellement, cela ne nous oriente pas vers l’action, et ça ne change donc rien à notre vie. Ce n’est qu’un divertissement. Le bien peut devenir comme un rituel vide de sens. C’est pour cela que Jésus a revisité la loi pour restituer l’esprit de la loi et que nul ne reste attaché à la lettre qui, selon l’apôtre Paul, tue.
Le bien comme dynamique
Contre l’idée que nous puissions avoir une vision du bien, Murdoch suggère une attitude qui prolonge la prophétie de Michée. Plutôt qu’une vision du bien, elle propose une dynamique, comme le fait Michée en disant qu’il convient de marcher humblement avec Dieu (v.8). Non pas être avec Dieu, non pas voir Dieu, mais marcher avec Dieu, être en mouvement avec Dieu, pour que le bien soit le fruit d’une démarche. C’est une conversion entière par rapport à une morale de principe. Car l’attitude qui est préconisée, n’est pas d’être arc-bouté sur des principes, mais de