On y reviendra (Episode 4 - l'Image du critique) feat. Emmanuel Burdeau
Microciné Revue de cinéma et de télévision
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On y reviendra (Episode 4 - l'Image du critique) feat. Emmanuel Burdeau
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Nous avons parlé de l’image du critique comme d’un rôle que l’on joue malgré soi.
Avec Emmanuel Burdeau, il s’agissait moins de défendre une fonction que d’en cerner les contours — mouvants, flous, souvent grotesques. Car le critique, tel qu’il apparaît dans les sketches, les séries, les souvenirs de festival, est un personnage : le ronchon solitaire, le mondain compassé, le pédant raffiné, l’aigri sans cause. Un homme, le plus souvent. Et cette silhouette caricaturale, déclinée de Daniel Toscan s’est planté aux Inconnus, de The Critic à Brut, dit peut-être quelque chose de vrai : le critique est celui qui dérange, qui regarde trop, qui parle après les autres.
Nous avons parlé des projections de presse comme d’un théâtre social. Il y a ceux qui arrivent les premiers, ceux qui rasent les murs, ceux qui parlent trop fort, ceux qui notent, ceux qui méprisent ceux qui notent. Il y a des hiérarchies invisibles, des gestes codés, des regards pesants. Voir un film dans ces conditions revient souvent à se regarder en train de le voir — autant dire à ne pas le voir. La salle est là, mais le film est ailleurs. Et l’écriture qui en résulte peine à retrouver le souffle du regard nu.
Nous avons parlé de cette autre solitude : celle de l’écriture. Burdeau évoque Pauline Kael, son bonheur à travailler chez elle, à écrire en cuisinant, en vivant. Mais aussi sa lassitude à devoir « aller voir les films ». Ce paradoxe, bien connu : ce que l’on aime, ce n’est pas d’enchaîner les séances — c’est d’écrire sur ce qui, tout à coup, a troublé. Or le système critique, son rythme, sa cadence, finissent par détruire cela. On écrit sans désir. On voit sans attente. On juge avant même que l’image commence.
Et puis il y a le gag — celui qui, parfois, dit plus vrai que le discours. Les sketchs des Inconnus, les pastiches de Brut, les discussions absurdes de festivals : ils moquent, oui, mais ils montrent aussi. Ce que c’est qu’un métier où l’on ne sait jamais s’il faut être drôle ou sérieux, engagé ou désengagé, distant ou affecté. Où l’on ne sait jamais, non plus, si le texte qu’on écrit sert à ouvrir le film… ou à le remplacer.
Nous avons parlé de cela :
D’un personnage sans cesse convoqué, souvent mal aimé.
Et d’une critique qui, pour exister encore, doit peut-être commencer par se regarder en face — dans le miroir déformant de sa propre image.