L'Histoire Tragique De Wega : Comment La Perle Du Son Allemand A Fini En Autocollant
Décibel
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L'Histoire Tragique De Wega : Comment La Perle Du Son Allemand A Fini En Autocollant
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Décibel
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Vous vous souvenez de ce téléviseur argenté posé sur le meuble du salon, à la fin des années 1990 ? Écran plat, deux haut-parleurs fins de chaque côté de l'image, et ce mot en grosses lettres sur la façade : WEGA. Pendant des années, des millions de foyers européens ont cru que c'était un mot inventé par les publicitaires de Sony. Ce n'en était pas un.
WEGA était une vraie maison allemande, fondée à Stuttgart en 1923 sous un nom que personne n'arrivait à retenir : Württembergische Radio-Gesellschaft. Deux hommes, Ferdinand Hammer et Fritz Müller, y fabriquaient certains des tout premiers récepteurs radio du pays. Dès 1924, l'entreprise était déjà en difficulté financière et passait entre les mains de Hugo Mezger. Deux ans plus tard, elle prenait le nom court qui allait la suivre jusqu'au bout : Wega, prononcé « Véga », comme l'étoile.
Ce qui suit est l'une des histoires les plus étranges de la hi-fi européenne. Une petite fabrique du sud de l'Allemagne s'installe au début des années 1950 dans une usine neuve à Fellbach, près de Stuttgart. Puis, au début des années 1960, elle fait un choix que presque aucun de ses concurrents allemands n'ose : elle confie ses chaînes stéréo à des designers. Verner Panton d'abord, dont les meubles sont aujourd'hui exposés dans les musées. Hartmut Esslinger ensuite, le futur fondateur du studio frog design. En quelques années, WEGA devient dans toute l'Europe une référence du matériel stéréo élégant et haut de gamme : pas la marque la plus vendue, mais celle qu'on regarde le plus longtemps en vitrine.
Et puis, en 1975, Sony rachète la totalité des parts de Wega Radio et de sa filiale Wega Hi-Fi. Les sites de Fellbach et de Herxheim emploient alors 1 200 personnes. À Fellbach, ce jour-là, personne n'appelle cela une fin. On appelle cela un sauvetage.
Ce qui se passe ensuite ne fait aucun bruit, et c'est justement ce qui rend cette histoire si troublante. Pas de faillite, pas de grève, pas de scandale, pas de huissier dans la cour. Juste un glissement, année après année : le nom reste sur la façade, le contenu change de nationalité, le son finit par disparaître du catalogue, et le mot WEGA part vivre une deuxième vie sur un produit qui n'a plus grand-chose à voir avec l'audio.
Dans cet épisode : comment un atelier de radios souabe est devenu une marque de design, pourquoi la beauté a coûté plus cher qu'elle n'a rapporté, ce que représentait vraiment le dernier appareil audio de la marque, le haut de gamme Lab Zero, ce qui est arrivé à l'usine de Herxheim, et comment le nom WEGA a fini par désigner un point lumineux dans le ciel plutôt qu'une usine près de Stuttgart. Nous disons aussi clairement ce que les sources ne permettent pas d'affirmer : ici, on préfère un blanc honnête à une belle invention.
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