La frégate de 30 : 900 livres de bordée sur une coque de frégate
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La frégate de 30 : 900 livres de bordée sur une coque de frégate
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⚓ Le 27 juillet 1840, une frégate sort de Toulon repeinte en noir des mâts à la flottaison. Elle s’appelle la Belle Poule, elle a six ans, et elle va chercher un cercueil à Sainte-Hélène : 93 jours de mer pour l’aller, la tombe ouverte le 15 octobre. Mais l’histoire n’est pas là. Elle est le long de son bord : 60 canons sur deux ponts, presque tous du même calibre de 30 livres, pour une bordée d’environ 900 livres de fer — celle d’un vaisseau de 74 canons. C’est le sommet de la marine à voile, et il tient dans une coque de frégate de 54 mètres. Vingt ans plus tard, ce navire sert de magasin à poudre, et ce n’est pas la vapeur qui l’a tué.
Nous démontons ce navire comme une machine, et les deux mécanismes qui le font ne sont pas ceux qu’on attend. Le premier est le calibre, et il n’a pas été choisi pour sa puissance. Le canon de 30 long est un modèle de 1820 : 315,8 cm de tube, 219,9 cm pour la version courte, un boulet plein d’un peu plus de 14 kg, une portée d’environ 3 600 mètres à 20 degrés. Pourquoi 30, quand la France avait du 36 livres depuis Vallière sur la première batterie de tous ses 74 ? Parce que le 36, écrit Tupinier, est « excessivement difficile à faire mouvoir ». Lisez cette phrase comme un ingénieur : au-delà d’un certain poids, la cadence d’une pièce ne dépend plus de la pièce mais des hommes qui la rentrent pour la charger. Le 24 livres, à l’inverse, est trop faible pour les batteries hautes des grands navires. On monte par le bas, on descend par le haut, et les deux mouvements se rencontrent sur un seul calibre. Conséquence, et elle dépasse largement la frégate : sur le vaisseau de 90 canons dont le plan est adopté en janvier 1824, 86 bouches à feu sur 90 tirent exactement le même boulet ; sur le 100 canons d’avril, 96 sur 100. Du trois-ponts à la corvette, un seul boulet, un seul moule, une seule gargousse, un seul outillage d’arsenal.
Le second mécanisme est encore moins cher : on supprime un trou. Sur une frégate classique, le pont supérieur n’est pas continu — le gaillard à l’avant, la dunette à l’arrière, et entre les deux deux passavants, des passerelles où l’on ne met aucun canon. Prolongez ce pont d’un bout à l’autre à la même hauteur, et vous venez de créer gratuitement une surface armable sur toute la longueur du bord : les listes anglaises l’appellent le spardeck, et c’est là que vont 22 à 28 caronades. Reste la boucle, et elle est documentée. En 1811, l’USS Constitution mouille à Cherbourg ; une commission française la relève pièce par pièce, et le conseil des constructions navales conclut que son seul avantage net est « la supériorité de son artillerie ». Napoléon décrète à Dresde, le 8 août 1813, trois frégates sur le modèle américain : aucune n’est mise en chantier. Et en 1828, la Belle Poule est mise sur cale à Cherbourg sur un dessin que les sources disent inspiré de cette même Constitution — vingt-trois ans après le relevé.
⏱ Sommaire
00:00 Toulon, 27 juillet 1840
00:48 Le sommet, en chiffres
02:48 Cherbourg, 1811
04:53 Dresde, le 8 août 1813
07:03 Le concours de 1817
09:02 Le canon de 30
11:20 Un seul calibre pour toute la flotte
13:27 La commission de Paris
15:40 Le spardeck
17:38 La Belle Poule
19:49 Les obusiers
21:52 Ce que la vapeur en a fait
24:21 Sources
📜 Ce que l’on sait et ce qui est reconstitué Les calibres, les longueurs de tube, les portées, les dates de plans et de lancements, les chiffres de série et les armements réglementaires viennent des sources citées plus bas. Trois formulations de cette vidéo sont nos lectures et non des citations : que le calibre de 30 ait été choisi en fonction de ce que des servants peuvent effectivement remuer est notre interprétation de la phrase de Tupinier sur le 36 livres ; que le spardeck, et non l’allongement de la coque, soit ce qui fabrique les 60 canons est notre reconstruction du mécanisme ; et que ce qui termine ces navires soit le projectile explosif et non la machine à vapeur est notre conclusion, appuyée sur la chronologie des conversions.
📚 Sources • Boudriot J. et Berti H., « La Frégate : marine de France 1650–1850 », Éditions Ancre • Tupinier J., « Observations sur les dimensions des vaisseaux et frégates de la marine française », 1822 • « Annales maritimes et coloniales », tome 2, 1822 • Winfield R. et Roberts S., « French Warships in the Age of Sail », Seaforth • Paixhans H.-J., « Nouvelle force maritime », 1822 • Musée national de la Marine · Service historique de la Défense, Vincennes
🎬 Archives de la Marine — l’ingénierie de l’âge de la voile.
⚓ Et dites en commentaire quel effectif vous avez vu pour la Belle Poule : nos sources en donnent trois valeurs différentes.
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